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dimanche 3 avril 2022

Ancienne maison-atelier de l’architecte et entrepreneur Frans Van Ophem - Rue Renkin 33, Schaerbeek, Bruxelles - architecte : Frans Van Ophem - 1897/1903

Ce dernier week-end de mars, j'étais à Bruxelles sous un magnifique soleil printanier, pour le BANAD. Un rendez-vous indispensable, dont je reviens à chaque fois physiquement fatiguée et émerveillée par tant d'intérieurs visités et, aussi, par de nouvelles façades découvertes entre les visites programmées. Je marche pendant des heures dans la ville, découvre des lieux où je n'étais pas encore passée. Une amie belge me demandait si, depuis le plus de dix ans que je viens régulièrement à Bruxelles, je n'avais pas déjà tout vu. La réponse est sans doute aucun que non, à chaque visite je continue à faire des découvertes, comme cela m'arrive toujours à Barcelone. 

Je ne connaissais pas l'architecte Frans Van Ophem, ce qui peut s'expliquer par le fait que mis à part cette construction et une autre, plus tardive, d'inspiration Art Nouveau géométrique, son œuvre ne s'inscrit pas dans ce style.

Donc, samedi en fin d'après-midi, de retour de la visite de l'intérieur de la Maison Langbehn (dont j'avais déjà photographié la façade il y a quelques années mais je n'en ai pas encore publié d'article), en continuant la rue Renkin, j'ai aperçu d'abord le bas-relief représentant une femme allongée qui orne le le tympan de la grande fenêtre du rez-de-chaussée. 

En fait, la maison n'a quasiment aucun élément architectural de style Art Nouveau, en extérieur, pouvant capter le regard. Elle est de style régional éclectique mais les quelques détails correspondant à l'Art Nouveau méritent que l'on s'y attarde. 

Elle a été entièrement rénovée en 2003 par un cabinet d'architecte qui occupe toujours une partie des lieux. La couleur bleue des différents châssis en bois, ainsi que la porte de style Art Nouveau géométrique, contraste agréablement avec le grès rose et la pierre blanche de la façade. 

Le style géométrique se retrouve également dans les deux plaques de laiton situées sous la grande fenêtre (avec le bas-relief) du rez-de-chaussée. L'une indique le monogramme complet de l'architecte et l'autre est une boîte à lettres, toutes deux élaborées dans un graphisme fort élégant.




Le bas-relief représentant la femme couchée est signé du sculpteur V. de Haen , de facture plutôt classique, il montre un arrière plan, la coupole de l'église Ste Marie de Schaerbeek, comme un rappel que le sculpteur était originaire de cette commune où se trouve la maison. 


Autre élément intéressant: dans la travée opposée se trouve une frise de sgraffites représentant les différents corps de métiers de la construction.

Sur le site de l'Inventaire du Patrimoine Architectural de Bruxelles, nous pouvons voir des photographies de l'intérieur de l'édifice, notamment des vitraux dont certains de style Art nouveau géométrique -comme celui du lanternon-, de belles boiseries - magnifique cage d'escalier- et des panneaux peints. J'espère que, lors d'un prochain BANAD, cet intérieur sera visitable.

Rue Renkin 33, vitrail du lanternon de la cage d'escalier
Photo Inventaire du Patrimoine Architectural de Bruxelles

dimanche 4 juillet 2021

Ambassade de France à Bruxelles, Rue Ducale 65, 1000 Bruxelles - architecte Georges Chedanne - 1911

J'ai participé, début juin, à des visites de "petites maisons Art Nouveau" (tiny House), dans le cadre du BANAD, à Bruxelles. En me rendant, à pied, vers l'une d'entre elles, le hasard m'a porté devant cet édifice. De loin, bien qu'il soit massif et rectangulaire, certains éléments m'ont semblé appartenir à l'Art Nouveau. 

Mon attention s'est portée rapidement sur les ferronneries qui m'ont paru très familières et m'ont immédiatement rappelé celles vues à l'Hôtel Ferret, au 80, avenue Carnot à Bordeaux. Recherches faites, j'avais raison, il s'agit dans les deux cas de ferronneries d'Edgar Brandt: "Il est un des premiers à utiliser le chalumeau oxyacéthy-lénique, repoussé alors par tous les forgerons. Il emploie plusieurs ouvriers et s’agrandit en 1908. Après la commande de la porte d’entrée de l’ambassade de France à Bruxelles (Arch : Chedanne) en 1911, il obtient celle de la rampe du pavillon Mollien au musée du Louvre en 1914." in "LA   FERRONNERIE dans l’architecture à  Paris aux XIXe et XXe siècles de Bernard Marrey, p. 93. Pour Bordeaux, j'ai trouvé la référence dans la revue Le Festin n°55 qui a publié un article sur l'Art Nouveau (aujourd'hui trouvable uniquement en PDF), p 36: "Seule la ferronnerie, attribué au parisien Edgar Brandt, propose un décor de pommes de pin." 

                                             Bruxelles                                                 Bordeaux

Un moment, j'ai pensé qu'il aurait pu s'agir du même architecte. Mais, ce n'est pas le cas. La construction bordelaise est de Pierre Ferret et l'Ambassade de France à Bruxelles est l'œuvre de Georges Chedanne. Le même qui serait l'auteur de l'Immeuble Industriel rue Réaumur à Paris, même s'il subsiste certains doutes, ainsi que, pour citer les plus connus à Paris, le premier immeuble des Galeries Lafayette, l'Hôtel Mercédès,  L'Élysée Palace Hôtel et, à Vienne, une autre Ambassade de France. 
Né en 1861, il a été élève des Beaux Art de Paris et Prix de Roma en 1891. Il installe son cabinet d'architecte à Paris. Son style est éclectique, avec des éléments Art Nouveau et d'autres plus classiques. C'est le cas des motifs sculptés de l'Ambassade de France avec des représentations allégoriques de la devise "Liberté, Egalité, Fraternité", symbolisés par des figures humaines très réalistes, notamment masculines. 
Je n'ai pas trouvé qui est ou qui sont les auteurs de ces sculptures, mais il pourrait s'agir d'Henri Bouchard, qui a fréquenté comme Chedanne l'Académie Julian de l'École des Beaux Arts, également prix de Rome en 1901, qui a résidé en Belgique et a collaboré avec l'architecte notamment pour ces maquettes de l'Arc de Triomphe. A moins que ce ne soit un ou plusieurs des nombreux sculpteurs qui ont également travaillé avec lui.




Les éléments plus directement Art Nouveau, sont les sculptures de feuilles de chêne ainsi que les ferronneries de la porte d'entrée et des fenêtres du rez-de-chaussée avec les motifs de pomme de pin. 

lundi 22 juillet 2019

7,9 et 15, Place Jean Jacobs, Bruxelles -Architectes: Georges Pereboom -1902-, Georges Hobé -1904- et Jules Brunfaut -1895-

Si ce n'était mes recherches sur Internet, afin de trouver de nouveaux exemples d'Art Nouveau, cette place me serait passée très certainement inaperçue. Située juste derrière le Palais de Justice, j'y suis arrivée en suivant le boulevard de Waterloo et venant de St Gilles.

J'ai donc découvert en premier le n°15 de Jules Brunfaut, qui n'est autre que l'architecte de l'hôtel Hannon. Nous sommes loin de son chef-d'oeuvre, plus tardif et qui fut, ne l'oublions pas, une commande de l'ingénieur Edouard Hannon, qui travaillait pour Ernest Solvay et a donc voulu une demeure dans le plus pur style Art Nouveau. A constater qu'il est également l'architecte du n°17, sur la même place J. Jacobs, qui n'a pas un seul élément Art Nouveau. 
Le n°15 est un immeuble de 3 étages avec deux travées. Celle de droite, plus grande, présente de beaux bow-windows avec un sommet en couronne au 2ème étage qui lui donne une petite allure médiévale, comme le sommet d'une tour crénelée.
La porte d'entrée est surmontée par un auvent pointu en bois, ce qui lui donne un petit air de cottage anglais. Elle n'est guère originale, si ce n'est, peut-être, la forme de l'entrée de la boîte-aux-lettres. 


La date de construction est sculptée dans un cartouche, au-dessus de la fenêtre du 2ème étage à gauche. Le nom de l'architecte est gravé, de manière très simple, sur le bord droit du mur.

Le n°9, par contre, est bien plus intéressant. Datant de 1904, il s'inscrit dans l'Art Nouveau géométrique. Oeuvre de Georges Hobé, ébéniste, qui est devenu architecte sur le tard. C'est l'auteur, notamment, de la Maison Quaker, sur le square Ambiorix. La façade, toute en briques et pierres banc-gris, mélange formes géométriques carrées et triangulaires où des fenêtres rectangulaires, change de composition selon les étages.



Le rez-de-chaussée, présente deux ouvertures quasiment identiques, en arc plein cintre, une avec une porte largement ajourée et garnie de fers forgés, l'autre correspondant à une fenêtre.


La poignée de porte qui ressemble à un G stylisé, ainsi que la boîte-aux-lettres sont des détails qui valent la peine de s'y attarder.

Au premier étage, la large baie vitrée se décompose en trois parties avec un bow-window triangulaire central couronné d'une terrasse avec un garde-corps en fer forgé, lui aussi, de style géométrique.Au dessus de chaque fenêtre se trouve un panneau décoratif en pierre orné de trois cercles.


Le n°7 est probablement la construction la plus énigmatique des trois. Elle correspond à un Art Nouveau plus classique, avec des sgraffites et une représentation féminine, ainsi que des détails symbolistes.
Un peu plus haute que les précédentes, elle comporte un quatrième étage, avec une fenêtre qui s'ouvre sur un balcon reposant sur le bow-window, au-dessus de laquelle se trouve une sorte de candélabre à 9 branches (une Hanoukkia ? ), en fer forgé. Deux autres chandeliers, probablement à 7 branches (une Menorah ?), mais en mauvais état, se retrouvent de chaque côté du bow-window. Les éléments correspondant à la religion juive peuvent s'expliquer par le fait que, peut-être, Georges Pereboom était juif, comme son nom de famille pourrait l'indiquer.




Le bow-window s'orne d'un sgraffite en son centre, avec des motifs géométriques et floraux et repose sur trois fenêtres ogivales.


La porte d'entrée en bois bleuté, reprend une forme ogivale dans un rectangle, ornée de motifs floraux et d'une boîte-aux-lettres en fer forgé, extrêmement originale.





 Elle est surmontée par un sgraffite représentant une femme et couverte par un auvent en bois, au-dessus duquel s'ouvre une rosace en fer forgé.



dimanche 21 juillet 2019

Maison Delune, Avenue Franklin Roosevelt 86, Bruxelles - architecte Léon Delune - 1904

A chaque visite de Bruxelles, je découvre de nouvelles bâtisses magnifiques. Celle-ci est excentrée par rapport au quartier d'Ixelles où se situe un grand nombre d'exemples d'architecture Art Nouveau de Bruxelles.


Léon Delune, n'est autre que le frère d'Ernest, l'architecte de la maison atelier du maître-verrier Sterner, située non loin des étangs d'Ixelles. Et, effectivement, les deux portes-fenêtres donnant sur sur le balcon en demi-lune à l'angle de l'édifice, ont un véritable air de famille, avec la porte d'entrée de l'atelier.


Maison atelier du maître-verrier Sterner - Ernest Delune
Mais, tout le reste de la maison est d'un style éclectique bien particulier. Trapue, avec une grosse tour d'angle où s'ouvre une belle fenêtre arrondie, typique de nombre de demeures Art nouveau Bruxelloise, elle m'a fait penser à certaines demeures de l'Art Nouveau de Toscane, notamment avec le sgraffite (oeuvre de Paul Cauchie) juste en dessous de la toiture, comme j'ai pu en observer à Lucca, par exemple la Villa del Magro. 



La tour est surmontée par un immense aigle en bronze doré, totalement incongru au point que j'ai cru que c'était un ajout récent, puisque le bâtiment appartient aujourd'hui à l'Ambassade des Emirats Arabes Unis. Cet aigle imposant, et probablement fort lourd, a été volé en 1996 et retrouvé chez un brocanteur en 1999. 


Construite en 1904 pour une vieille dame qui décède 3 ans plus tard, elle sera reprise par sa soeur, qui ne tardera pas à décéder aussi et c'est ainsi qu'elle est transformée en café où des groupes de jazz se produisent lors de l'Exposition Universelle de 1910. Une carte postale reproduite sur le site de l'inventaire Architectural de la ville de Bruxelles illustre cette période et m'a également fait penser aux cafés de la ville toscane de Viareggio.
La maison a vécu de nombreux remaniements et achats. Elle appartient aujourd'hui à l'Ambassade des EAU, qui l'a restaurée et y a effectué, une nouvelles fois, quelques aménagements. Elle s'intègre bien sur la grande avenue, où nombre d'Ambassades se sont installées. Non loin se trouve la Villa Empain, magnifique exemple d'Art Déco.

dimanche 31 mars 2019

Hôtel Max Hallet, Avenue Louise 346 - Bruxelles - Victor Horta - 1901/1906 - BANAD 2019

Le week-end dernier, j'étais à Bruxelles pour le BANAD dans le but de visiter le plus d'intérieurs possibles d’édifices construits par Victor Horta. J'avais déjà visité les hôtels Winssinguer et Tassel lors de la biennale de 2013, puis la Maison Autrique et  les Anciens Magasins Waucquez, en 2014, ainsi que le Musée Horta à diverses occasions. J'ai également pu voir et photographier les façades des hôtels van Eetvelde et Hôtel Deprez-Van de Velde, ainsi que la maison de rapport Avenue Palmerston et l'Ecole maternelle Catteau – Victor Horta dans les Marolles, lors de mes fréquentes visites à Bruxelles. Je n'ai pas encore tout publié car, comme j'aime à dire, je suis un peu comme les musées, j'ai bien plus de photos et de paseos dans mes réserves que de publications.

Je comprends que beaucoup soient dtéçu.e.s que je ne publie pas de photos des intérieurs visités, mais il est interdit d'en faire des photos. Je préfère me tenir à cette interdiction et respecter le souhait des propriétaires des bâtiments qui nous offrent la possibilité de visiter, pour beaucoup, leur lieu d’habitation. J'avoue que je n'apprécierai guère que des inconnu.e.s rentrent chez moi, même à mon invitation, prennent des photos sans mon autorisation et les publient sur Internet.

A l'hôtel Max Hallet, nous avons du reste eu l'opportunité d'échanger un peu avec son actuel propriétaire, Michel Gilbert, qui a financé une très belle restauration des lieux et a permis que l'hôtel retrouve quasiment son aspect originel.


Encastré entre deux immeubles et surplombé par une imposante construction en verre moderne, cet hôtel peut passer facilement inaperçu pour qui ignore qu'il s'agit d'une oeuvre de Victor Horta. Sa façade est discrète et peu représentative du style Art Nouveau, mis à part quelques éléments.

Réalisé en pierre calcaire qui resplendit au soleil, la façade est éclairée par des ouvertures qui diffèrent à chaque étage. Il s'agit pour chaque niveau de trois fenêtres, dont la taille diminue au fur et à mesure. Pour les deux premières étages, chacune se divise en trois parties, soulignées par des huisseries en bois clair. Au rez-de-chaussée deux grandes baies, légèrement courbes, indiquent la présence du salon, une troisième fenêtre plus petite, jouxte la porte d'entrée, ornée d'un élégant motif en fer. Les trois semblent se reposer sur les ouvertures  destinées à éclairer le sous-sol. Le deuxième étage est souligné par un balcon en fer forgé.




Certes, beaucoup moins somptueux que l'hôtel Solvay, c'est pourtant, de toutes les œuvres d'Horta que j'ai visitée, celle qui m'a le plus intéressée. J'ai notamment été subjuguée par le jardin d'hiver aux trois verrières trilobées qui illuminent le bâtiment. Il est possible de découvrir l'intérieur du bâtiment ICI ou grâce au livre "Hôtel Hallet, signé Horta" de Michèle Goslar.

La porte d'entrée est réalisée en bois clair, de couleur similaire à celui des huisseries des fenêtres, comportant de grands espaces vitrées protégés par du fer forgé. Elle présente quelques lignes courbes. La sonnette de service ainsi que la poignée avec les initiales stylisées de Max Hallet sont de belles représentations du gout pour les détails raffinés qu'avait Victor Horta et elles s'inscrivent bien dans le Style Art Nouveau;