dimanche 27 novembre 2022

Campdevànol, Ripollès, Catalogne : Xalet (Torre) Fossas ou Casa del Mossèn Tor (1903?) (1923/1924) et Can Branques (1924), maître d'œuvre : Miquel Fossas; architecte : Antoni Coll Fort ?


Campdevànol (étymologiquement: "champ de vandales") est une petite bourgade, installée au bord de la rivière Freser, située sur le versant sud des Pyrénées. Son développement industriel a commencé au XVIIe siècle avec le fer et l'installation de nombreuse forges pour la fabrication de clous. Je m'y suis rendue en septembre dernier pour, justement, suivre une visite guidée concernant les différentes forges et usines à clous, installées anciennement dans la ville. Actuellement, quasiment toutes sont à l'abandon ou avec une autre utilisation. 

Comme à mon habitude j'en ai profité pour aller voir les exemples d'architecture Art Nouveau, au nombre de deux, concentrés sur un petite périmètre de quelques dizaines de mètres, à proximité de l'hôpital, lui aussi considéré comme "moderniste" et œuvre de l'architecte barcelonais Joan Rubió Bellver. Si ce n'est que cet architecte a à son actif une très grande liste de bâtiments Art Nouveau, j'ai beaucoup de mal à pouvoir considérer cette construction comme formant partie de ce mouvement. Je vous laisse en tirer vos propres conclusions à partir de sa photo (les édifices latéraux sont bien plus récents)

Xalet Fossas ou Casa del Mossèn Tor 

Situé au tout début de la rue Pau Casals, perpendiculaire à l'hôpital, ce bâtiment a été construit pour le Mossèn Tor. Par la suite, il a été transformé en une crèche, tenue par des religieuses. Les Carmélites ont été la dernière congrégation à occuper les lieux, qui ont été ensuite abandonnés pendant quasiment une quarantaine d'années, jusqu'à ce que l'an dernier, un groupe de bénévoles, les réhabilite et les transforme en Centre Culturel. Aujourd'hui, tout l'édifice peut se visiter et certains meubles, banals, du début du XXé siècle ont été conservés sur place. 

Il s'agit d'un édifice d'angle, composé par trois étages avec une tour comportant trois ouvertures sur chaque pan, et entouré par un jardin. Les deux façades extérieures présentent de nombreuses ouvertures en arc cintré dont certaines ont un couronnement en mosaïques. Cet élément décoratif est également repris dans une ornementation, sous les toitures en bois sculpté en pan brisé, souligné par une bande de céramiques que l'on retrouve sous les balcons. 



Une bande en mosaïques d'où "tombent" des lignes verticales en céramique, orne les poteaux du portail d'entrée.


Les balcons et balustrades sont ornées de motifs floraux.


La double porte d'entrée en bois de l'édifice présente des formes ogivales et pour celle intérieure, des décoration fleuries . Le bois est très présent dans les pièces du rez-de-chaussée. Il s'agit de très grandes plinthes, fabriquées en série et à la mode au début du XXe siècle, en Espagne.




Les fenêtres de la salle à manger, comme celles de la tour, sont ornées de vitraux colorés très simples mais qui donnent lieu à des reflets intéressants.



Tous les sols sont recouverts de carrelages hydrauliques avec différents motifs.



Can Branques 

Cette construction se trouve à quelques dizaines de mètres de la première, sur le trottoir d'en face. Elle est en très mauvais état et a probablement subit des réformes, comme l'indique la porte d'entrée à forme ogivale.


il s'agit d'un édifice de forme rectangulaire, avec des ouvertures similaires au précédent et des terrasses surélevées, dont celle surplombant l'entrée. 



Des bandes avec des carreaux de faïence céramique ornent les fenêtres, la zone sous le toit et les terrasses (où elles ont pratiquement disparues).

Le maître d'œuvre Miquel Fossas est intervenu dans ces deux constructions. Selon les publications, il en serait l'auteur, pour d'autres, ce serait l'architecte Antoni Coll Fort, qui a été l'architecte municipal de  Ripoll, Sant Joan de les Abadeses, Ribes et Campdevànol, ainsi que le conservateur du Monastère de Santa Maria de Ripoll. Il a également quelques constructions à Barcelona et alentours. Je l'ai mentionné dans mon article sur Camprodon où il a construit Can Vila. 



mardi 1 novembre 2022

Cimetière de Ripoll (1903) avec des niches funéraires modernistes (1909-1910), architecte : Antoni Coll i Fort


Ces dernières semaines, je me suis rendue à plusieurs reprises à Ripoll, une petite ville catalane aux petites rues pittoresques, surtout connue par le monastère bénédictin de Santa Maria de Ripoll avec un portail du XIIe siècle, véritable chef-d'œuvre de l'art roman. Ses constructions Art Nouveau sont beaucoup moins connues, mais non dénouées d'intérêt. Une d'entre elles, loin d'être spectaculaire mais rare, est le nouveau cimetière de la ville. Construit dans un style éclectique, à partir d'un projet de l'architecte Antoni Coll Fort, datant de 1903, mêle modernisme (l'art nouveau catalan) et néoclassicisme. Les tombes de style Art Nouveau sont fréquentes dans les cimetières catalans, comme par exemple celui du Poblenou, à Barcelone, mais il existe également des cimetières construits dans ce style, dont celui-ci. C'est ainsi qu'en ce 1er novembre, jour de la Toussaint, j'ai pensé que c'était la journée "idéale" pour écrire un article sur ce sujet.

La création de cimetières en dehors des centres urbains, date du XVIIIé siècle, notamment suite aux grandes épidémies. A Ripoll, il y a eu plusieurs cimentières, dont le plus important était celui de l'église Saint Pierre, situé à côté du monastère. L'histoire de l'actuelle cimetière est détallée dans un article en catalan du journal local NacióRipollès, datant de 2013. Au départ, l'emplacement du cimetière fut un peu décidé dans l'urgence.  En 1853, se fait sentir la nécessité de construire un nouveau cimentière, car il n'y a pus de place dans l'ancien, à côté du monastère. Un an plus tard, une épidémie de choléra accéléra le processus. La  population augmente beaucoup au début du XXe siècle, effet de l'essor du secteur textile et du chemin de fer . Cela oblige à élargir le cimetière en en doublant sa surface. En 1902, les terrains sont achetés et la construction est planifiée par l'architecte Antoni Coll i Fort qui construit également à cette époque la maison du docteur Agustí, de style moderniste, dont je parlerai dans un autre article.

Antoni Coll i Fort a été l'architecte municipal de Ripoll de 1898 à 1928, ainsi que des villes voisines de Campdevànol, Ribes de Freser et Sant Joan de les Abadesses. Je l'ai déjà mentionné dans mon article sur cette dernière ville (Casa Vídua Climent Tarré), ainsi que dans celui sur Camprodon (La Palanca o Can Vila), situé également dans le Ripollès. 

Le cimetière est formé par deux parallélogrammes adossés, dont la limite est marquée par deux murs de niches funéraires qui flanquent l'axe principal menant de l'entrée à la chapelle de style néoclassique. 


L'entrée est éclectique, mélangeant des éléments en pierre locales et des frontons néoclassiques.


Les niches funéraires modernistes (1909-1910) se trouvent juste à la limite des deux enceintes dites de Sant Domènec et de Santa Maria. Il 'agit d'un lieu réservé à l'élite de la ville, comme le montrent certaines pierres tombales. Tous sont des concessions à perpétuité et leur vente en est interdite. Le style moderniste consiste en des formes ondulée et la forme ogivale des niches.




Après le porche d'entrée de panthéons funéraires présentent également quelques éléments Art Nouveau. Plus tardifs, rien ne dit s'ils sont œuvre du même architecte ou pas.





Malgré son intérêt, actuellement, ce cimetière ne bénéficie d'aucune mesure de protection patrimoniale.

samedi 13 août 2022

Hospitalet de Llobregat, architecture modernisme et industrie: Fàbrica Tecla Sala Casa del Director, architecte : Claudi Durán i Ventosa? - 1901? et Aceites Regàs, architecte Juli Maria Fossas Martínez - 1911

Août 2017, sous un soleil de plomb, je suis partie à pied dans les rues de L'Hospitalet de Llobregat -banlieue de Barcelone-, vers l'ancienne fabrique textile Santa Tecla, aujourd'hui centre culturel. Sur le chemin, j'ai découvert une ancienne huilerie, aujourd'hui cave du vin pétillant catalan Cavas Avida. 


Fàbrica Tecla Sala Casa del Director

L'Hospitalet est la deuxième commune la plus peuplée de Catalogne. Le quartier de Santa Eulàlia, est devenu un grand centre d'industries textiles qui avaient commencé à se développer dans le quartier mitoyen de Sants de Barcelone, au XIXe siècle.

La fabrique est née d'un moulin à papier construit au milieu du XIXè siècle. En 1882, la famille Basté le reprend pour y installer une filature et une fabrique de tissus de coton. Peu à peu la fabrique s'agrandit et la famille fait l'acquisition des terrains alentours. Elle confie à l'architecte Claudi Durán i Ventosa la construction d'un ensemble de style "manchestérien". Bien qu'il n'y ait pas de documents qui le certifient, la maison du directeur, qui se trouve devant la fabrique, lui est souvent attribuée. Ce qui pourrait être effectivement le cas, car même si une grande partie de son œuvre consiste en des constructions industrielles et qu'il a été un des pionniers des constructions en béton armé en Catalogne, il a également construit des édifices d'habitation de style moderniste

Par ailleurs, sur un plan ancien, datant de 1916, qui se trouve à l'entrée de la bibliothèque actuelle, il est possible de voir, non seulement la maison du directeur, mais aussi, un portail d'entrée, aujourd'hui disparu, qui semble avoir un style similaire. En tout cas, fort différent que celui du reste des édifices. 

En 1913, Tecla Sala i Miralpeix, un autre industriel va racheter l'ensemble. Il ne serait pas impossible, également, qu'à ce moment là, il ait pu faire appel à un autre architecte pour la construction de la maison du directeur.

Il s'agit d'une villa constituée de deux corps perpendiculaires, en forme de T dont les façades portent des couronnements crénelés. Chaque frotton est orné d'un visage de femme qui semble émerger d'un ensemble de fleurs. Les entourages des fenêtres et portes sont ornés de fleurs et un sgraffite fleuri court le long de la toiture. 




Aceites Regàs

Venant du centre de L'Hospitalet, en direction de la fabrique, j'ai aperçu cette construction,  au n°13 de la rue Buenos Aires.
Il s'agit d'un ancien magasin d'huiles, construit d'un un style totalement Art Nouveau, avec de belles lignes courbes. 


Son architecte, Juli Paria Fossas Martinez, ne m'est pas inconnu, puisque j'ai aussi mentionné une des ses œuvres, à Camprodon, petite ville du Ripollès, près de laquelle j'habitue aujourd'hui. Il a du reste souvent construit dans le style Art nouveau. 
Ici, il s'agit d'un édifice de trois travées. Dans celle du centre, plus large et haute, s'ouvre un grand portail avec au-dessus trois grandes fenêtres dont la centrale est plus haute que les latérales. Le tout inscrit dans un motif ovale et couronné par un fronton au décor floral dans lequel se trouve le nom du magasin actuel.


Les travées latérales s'ornent de trois fenêtres protégées par des barreaux décorés de fleurs. Elles sont surmontées d'une rambarde en fer forgé.