dimanche 9 août 2020

Château d'Aubiry, Céret (Pyrénées-Orientales), architecte: Viggo Dorph-Petersen, de 1893 à 1904 -Hubert (maitre verrier), Perrault Henry (peintre), Ruel Léon (peintre), Bastet Victorien-Antoine (sculpteur), Gervais Paul-Jean (peintre)

Lorsque j'ai décidé de venir vivre à Céret, j'ai cherché sans trop y croire (bien qu'avoir découvert la richesse de ce style à Perpignan, me permettait d'espérer) , s'il y avait des constructions Art Nouveau. Et: bingo! Même si le style extérieur du Château d'Aubiry est éclectique et que les éléments caractéristiques n'y sont pas très présents, l'intérieur (qui ne peut malheureusement pas se visiter) correspond en grande partie à l'Art Nouveau. Le Château (sauf, curieusement les serres) est quasiment entièrement l'objet d'une inscription au titre des Monuments Historiques (arrêté du 19 janvier 2006), ce qui peut laisser espérer qu'il continuera à être à peu près conservé en l'état. Le Château est toujours en vente (pour la "modeste" somme de 12 millions d'euros) ou à louer, selon les articles de presse que j'ai pu trouver. Je m'interroge sur le fait qu'un tel bien puisse être inaccessible au public, alors que, encore une fois, il s'agit d'un des rares intérieurs Art Nouveau conservés en France. Il a été également le décor d'un film qui se déroule en 1959.

Néanmoins, le fait qu'il se trouve dans une zone non reconnue comme ayant de l'Art Nouveau, et plutôt isolé (il se trouve au milieu de vignes et de champs de cerisiers, quasiment à 6 km à l'est de la ville de Céret), a fait qu'il n'a pas suscité l'intérêt des passionnés d'Art Nouveau et reste assez méconnu. Alors qu'il mériterait une bien plus grande visibilité.

J'ai également du mal à comprendre comment une ligne de haute tension passe non loin, défigurant totalement la perspective, mais j'imagine facilement que cela n'est qu'un détail sans importance pour les pourvoyeurs d'électricité.

Viggo Dorph-Petersen, l'architecte du château, a beaucoup travaillé pour le riche homme d'affaires et homme politique perpignanais Pierre Bardou-Job, qui a développé l'industrie des papiers à cigarette JOB, créée par son père. Il lui commande notamment un château pour chacun de ses trois enfants. Celui d'Aubiry a été construit pour son fils Justin. Cependant, l'industriel ne le verra jamais puisqu'il meurt  en 1892, juste avant le début de la construction.

Affiche pour le papier à cigarettes Job, Gerorges Meunier, Chaix imprimeur, lithographie, 1894 Affiche pour le papier à cigarettes Job, Gerorges Meunier, Chaix imprimeur, lithographie, 1894

L'architecte danois, a beaucoup construit dans toute la région. Il a su conjuguer l'utilisation de matériaux nouveaux comme le béton armé ( il a été l'agent régional du cabinet Hennebique) avec l'architecture palatiale, aux nombreux éléments historicistes, caractéristique de son style éclectique. Il affectionne les clochetons originaux, les tourelles élégantes, les fenêtres asymétriques et les bow-windows propres à l'Art Nouveau ainsi que les frises ou les médaillons floraux en céramique. Éléments bien présents dans le construction du château ainsi que ses dépendances.

                           

Malheureusement, il est impossible d'approcher du château qui est entouré par une grille dissuasive. Je n'ai pu faire que des photos de loin et uniquement des deux entrées latérales.

  

Les dépendances à l'entrée  des deux accès au parc du château, invisible car protégé par de hauts murs, sont facilement photographiables et présentent plusieurs éléments intéressants, même si j'ignore si Dorph-Petersen en est bien l'architecte. 
Celle à gauche de l'entrée principale, située au sud du domaine, présente une entrée assez intéressante, en fer forgé et pavés de verre, avec une frise qui court sur le haut de la constructions et des applications de fleurs en céramiques.    
    
                                         
 
       

                 
L'autre, à l'entrée située à l'Est de la propriété, semble plus sophistiquée et surtout, elle a une cheminée accolée, qui indique qu'il devait y avoir une production industrielle autre, que celle du vin (dont les caves et celliers se trouvent à l'Ouest).

                                    

Cette entrée s'ouvre par une belle grille, aujourd'hui rouillée, sur un chemin de terre qui longe les magnifiques serres constituées de trois dômes de quasiment 20 mètres de hauteur, reliés par des salles-galeries, sur une longueur totale de plus de 100 mètres. Elles sont un intéressant et élégant exemple de l'architecture métallique du début du 20e siècle et ont été construites par la fonderie du Val d'Osne (52), la même qui a réalisé les entourages Art nouveau conçus par Hector Guimard pour le métro de Paris ou encore les fontaines Wallace. Certaines sources citent Gustave Eiffel comme leur créateur, mais c'est une erreur fréquente de lui donner la paternité de toute construction métallique de cette époque.
De nombreux détails que je n'ai malheureusement pas pu photographier, me trouvant isolée derrière un grillage, sont visibles ici. J'ai tout de même pu faire de beaux clichés et capté le détail des descentes des canaux d'évacuations d'eaux.  
Selon la base de données Mérimée, ces serres ne seraient plus protégées. 


               
                                                         

Juste devant l'entrée principale au Sud, se trouve un charmant oratoire dédié à Ste Marguerite, à l'ombre duquel je me suis assise et reposée après la marche de 6km sous le soleil, depuis Céret. Juste à côté se trouve une petite structure avec des dessins catalans en relation avec les vendanges. 

                               

                              



Depuis cet endroit, il est possible d'observer les anciennes caves et celliers, auxquels il est possible d'accéder mais où je n'ai pas eu le temps d'aller pour prendre des photos. 


PS: Le nouvel éditeur de Blogger est une catastrophe en ce qui concerne l'insertion des photos et leur disposition. Désolée pour la mise en page.

lundi 20 juillet 2020

Avenue des Frères Haeghe 25, Avenue Van Cutsem 27, 28-28b, 29 Rue des Volontaires 2 et Boulevard des Déportés 30, 32 Tournai - Architectes Gustave Strauven, Félix Strauven - 1903, 1904 et 1907

Dimanche dernier, je me suis rendue pour la première fois, dans une autre ville belge que Bruxelles, riche en Art Nouveau: Tournai. Ce fut un très agréable "paseo", avec d'intéressantes découvertes. Notamment des façades ornées de sgraffites. 
J'ai réalisé sur place, alors même que j'avais préparé mon circuit, combien l'oeuvre architecturale de Gustave  y était présente. J'ai également constaté qu'il y a surtout travaillé avec son frère Félix, beaucoup moins célèbre.
Si vous associez son nom uniquement à la maison de Saint Cyrpeut-être serez-vous déçus. Ici, aucun grand oeil de boeuf ni de denses entrelacs en ferronnerie; L'oeuvre y est plus proche de la maison  Maison Van Dyck, à Bruxelles ainsi que d'autres constructions moins célèbres, notamment dans le quartier de Schaerbeek, d'où il était originaire. Nous y retrouvons cependant son amour pour l'art de la ferronnerie, mais avec un peu moins de virtuosité qu'à Bruxelles. Par contre, à Tournai, les sgraffites sont un élément est très présent, alors que l'on en trouve plus rarement sur ses constructions bruxelloises.


 Avenue des Frères Haeghe, 25

J'ignore pour quelle obscure raison la façade du rez-de-chaussée et le premier étage a été complètement massacrée et remplacée par une  construction en béton, sans aucun autre intérêt que d'offrir de plus grandes ouvertures.
Sur l'élévation publiée sur le site consacré à une exposition sur l'architecte, qui a eu lieu à Schaerbeek en 2017, la base de l'édifice est de style Art Nouveau, avec notamment un soubassement sculpté en pierre bleue, de chaque côté de la fenêtre du soupirail (qui correspondait souvent à la cuisine). Par ailleurs, un ornement faîtier à également disparu. De nos jours, seule une ouverture en demi-lune au troisième étage et les balcons aux ferronneries caractéristiques du style de Strauven permettent de situer le bâtiment dans le style Art Nouveau.
L'ensemble est construit principalement en briques rouges, comme souvent pour cet architecte, soulignées de bandes en briques ocre blanc. Le soubassement d'origine était en pierre bleue, un autre matériaux que Strauven a souvent utilisé, a disparu, comme indiqué précédemment.


Avenue Van Cutsem 27, 28-28b, 29 Rue des Volontaires 1

Cet ensemble d'habitations est absolument remarquable. Le bois, la pierre et le fer y sont admirablement travaillés, encadrant et mettant en valeur d'originaux sgraffites géométriques.
Le tout a été restauré en 2009 et est actuellement occupé, en partie, par des logements sociaux.


Ces immeubles en briques rouges, soulignées par des lignes de briques ocre blanc, ont des soubassements en pierre, comme possédait à l'origine l'édifice précédent. Ici, ils ont été heureusement conservés et, pour certaines, ils sont couronnés de sgraffites plus ou moins bien conservés/restaurés. 



Le nom des architectes et la date de construction sont gravés sur le soubassement du n°27. Malheureusement, l'ignorant, je n'ai pas pu les photographier.
Les photos sont de APEB, 2002.



L'angle de la rue des Volontairs avec l'avenue Van Custem est rompu par une tribune soutenue par des consoles croisées au dessin très caractéristique de l'oeuvre de Strauven.


Le balcon du n'° 29, repose sur de belles consoles en fer forgé.


Les portes d'entrée sont ornées de belles ferronneries et celle du n°2 rue des Volontaires a des poignées torsadées au décor Art Nouveau.




Boulevard des deportes, 34-36

Il s'agit de deux immeubles quasiment identiques, à trois travées, avec un bow-window central.
J'ai pu photographier la signature de l'architecte sur le soubassement des fenêtres du rez-de-chaussée du n°36. 
Sur cette façade également de beaux sgraffites.





 

mardi 14 juillet 2020

Immeuble 15 rue Perrichont - Architecte Joachim Richard, 1907 et Hôtel Gaston-Damois, 40, rue Boileau - Architecte - Henri Audiger et Joachim Richard, 1908 - Paris XVIe - Céramiques Gentil & Bourdet

Cela fait quelques années que je connais l'hôtel Gaston-Damois, aujourd'hui Ambassade d'Algérie et  je l'incluais, jusqu'il y a peu, dans mes visites guidées "Hector Guimard", dans le 16e, que je ne fais plus. 


L'an dernier, par hasard, je suis passée avenue Perrichont et j'ai découvert cette autre construction du même architecte, Joachim Richard, toutes deux entièrement recouvertes de céramiques Gentil & Bourdet. Mais, ce jour-là, je n'avais pas eu l'occasion d'en faire des photos. Cependant, je ne l'avais pas oubliée et je l'ai inclus dans un "paseo" que j'ai fait à la fin du mois de juin, dans le 16e.
Joachim Richard, architecte d'origine savoyarde, a été élève de Victor Laloux tout comme Gentil & Bourdet. C'est probablement pour cela qu'il utilise leurs grès flammés pour ces deux constructions (ainsi que, dans une moindre mesure, dans d'autres ultérieures, comme le 56 Rue des Entrepreneurs ou le 136, avenue Émile Zola dans le 15e). Très prolifique, il s'associe tout d'abord à Henri Audiger, avec qui il travaillera de 1895 à 1908, puis créera son propre cabinet d'architecte, qu'il installera au 15, rue Perrichont. Pour ces constructions, il adopte le béton armé et utilise le système Hennebique, en adoptant le style d'Anatole de Baudot, l'architecte de l'église Saint-Jean de Montmartre à Paris 18e, recouverte de grès Bigot, qui y utilise le ciment armé mais avec un autre système (Cottancin). 

Immeuble 15 avenue Perrichont


Il s'agit d'un immeuble de 6 étages dont la façade se divise en trois travées. La travée centrale comporte la porte d'entrée, légèrement décalée sur la droite, avec un magnifique entourage de motifs céramiques de branches de marronniers, dans les tons ocres et bruns, avec une base bien dans l'esprit de l'Art Nouveau. 


Une anecdote intéressante est qu'à l'origine le numéro de l'immeuble était une plaque de fonte de Guimard, qui avait ses ateliers juste en face. Ce fait était rapporté sur le blog du Mateur de Nouilles (aujourd'hui malheureusement inaccessible) et une photo en apparaissait sur le blog Gentil & Bourdet (aujourd'hui également inaccessible. Heureusement, les photos se trouvent encore sur le web). 


Toute la surface de la travée centrale, à partir du premier étage, est recouverte d'un motif céramique de feuilles de marronniers ocres, sur fond bleu-vert, qui est repris dans deux bandes horizontales, séparant le rez-de-chaussée ainsi que le dernier étage et deux bandes verticales  encadrant les deux travées latérales.  Ces mêmes bandes sont soulignées par une bordure de boutons,


Les noms des céramistes et de l'architecte se trouvent inscrit sur des plaques placées à l'intérieur de ce décor. La première sur la travée de gauche et la deuxième, à droite au-dessus de la porte d'entrée.



Les travées latérales sont recouverte de briques ocre-jaune, avec des inclusion de briques vernissées vertes. 
Le rez-de-chaussée de la travée droite s'orne d'ouvertures dont l'entourage est décoré de fleurs bleues sur un fond de tesselles ocre-beige et blanc.




Le style néo-mauresque est donné par les frontons en accolade, elles aussi ornées de branches de marronnier, aux volutes bien Art Nouveau, des fenêtres des premiers étages des travées latérales, ainsi que ceux du dernier étage.


Les autres frontons de fenêtres sont ornés d'un cartouche avec de nouveau un décor de branches de marronniers, que l'on retrouve également dans la bande horizontale de feuilles de marronniers.


Hôtel Gaston-Damois, 40, rue Boileau

Cet hôtel particulier reprend bien des éléments de l'immeuble précédent. Il se présente comme un grand cube, divisé lui aussi par trois travées, chaque étage séparé par une frise horizontal. Celle entre le rez-de-chaussée n'étant autre que celle des feuilles de marronniers, avec les cartouches portant le nom de l'architecte et celui des céramistes (je n'ai pris de photo de ce dernier)


La façade de béton est recouverte des mêmes briques ocres, avec de temps en temps, de manière rythmée, de chaque côté des fenêtres des briques vernissées vertes.


Cependant, il y a bien plus d'éléments néo-mauresques ici, ainsi que de détails architecturaux intéressants. 
La troisième travée est ornée d'un magnifique bow-window avec des ouvertures et des ornements différents à chaque étage. Au deuxième, les ferronneries des rambardes des fenêtres au dessin triangulaire, sont ornées de tournesols, comme celles de l'immeuble avenue Perrichont.

Au dernier étage, les frontons des fenêtres ont une forme trilobés, ornée de nouveau avec les feuilles de marronnier. 


 Le porche d'entrée est absolument magnifique. Il supporte un balcon avec des balustres  représentant des boutons de fleurs de pavot, les mêmes que pour la maison GeschwindenHammer, à Nancy et de la villa Emilie, à Fécamp.



Le portail est, quant à lui, recouvert de céramiques, avec des décors de grappes de raisin, ainsi que les jardinières qui ornent les jardinières.


C'est deux édifices sont comme une belle vitrine pour les céramiques Gentil & Bourdet, qui habillent totalement ces constructions qui, sans elles, seraient plutôt très simples.