dimanche 9 mai 2021

Casa Joan Vilagut, Carrer Doctor Roux, 15, Barcelone - Architecte Bonaventura Conill Montobbio - 1904 (rénovation consternante en 1990)

 

En classant des photos, j'ai retrouvé celles de cette façade intéressante d'une petite maison du quartier des Tres Torres à Sarrià, où j'ai résidé quelques jours, dans une autre construction de Bonaventura Conill Montobbio: la Casa Sant Felip Neri, dont je parlerai une prochaine fois. Il a construit au moins un autre édifice dans le même secteur. 

En faisant des recherches sur le Net, j'ai découvert qu'avant 2015, date à laquelle j'ai fait les photos, la façade avait été repeinte, en 1990, avec différentes couleurs, la dénaturant complètement. Je me demande si ce n'est pas à cette époque également que les roses de style Mackintosh ont été repeintes maladroitement.

L'architecte a été un disciple et ami de Gaudi qui a beaucoup influencé son œuvre. Il a collaboré avec Arnald Calvet à la construction des deux stations de train de Vallvidrera.

Ici, il s'agit d'une petite maison individuelle, de plein pied, avec une terrasse. Elle est de forme très rectangulaire. La porte et les deux fenêtres de chaque côté forme une composition qui serait très rectiligne et sans grand intérêt, si ce n'était les jambages à fonction purement décorative qui encadrent les linteaux des ouvertures du rez-de-chaussée et s'élancent pour entourer les trois rambardes de la terrasse.

Les fers forgés des rambardes sont magnifiques, tout en coup-de-fouet avec une forme de lyre centrale. Les peintures de la façade reprennent des roses Mackintosh avec un décor végétal très sobre, lui aussi en coup-de-fouet. De loin, le rendu est fort gracieux, mais de près, il apparaît que les roses ont des formes très géométriques éloignées de celles imaginées par Margaret MacDonald Mackintosh, l'épouse de l'architecte Charles Rennie Mackintosh. 




dimanche 2 mai 2021

12, rue Sédillot Paris VII, architecte Jules Lavirotte - céramiques Alexandre Bigot - 1899

Préambule "coup-de-gueule":

Mon blog à exactement 10 ans. C'est-à-dire une longue trajectoire rare dans le monde des blogs, où souvent ils disparaissent après quelques années. Il va bientôt atteindre les 500 000 pages vues. J'ai publié plus de 300 articles. Je cumule des heures et des heures de visites, de recherche, de lecture et d'écriture. Des centaines de km parcourus, des centaines aussi d'euros dépensés en voyages. Le tout par passion pour l'Art Nouveau et par volonté de diffusion et de partage de connaissances. 

Il y a de cela quelques semaines, j'ai reçu un courriel fort désagréable, d'un illustre inconnu, nullement connaisseur de l'Art Nouveau, m'accusant de "plagiat". Je cite, "tout votre article sur les mosaïques de l'Avenue d'Italie reprend une étude pour laquelle j'ai fait des recherches pendant plusieurs mois" ... En réalité, il me reprochait le fait que j'avais remarqué que l'immeuble en face était des mêmes architectes ainsi que la ressemblance entre un élément architectural d'un immeuble du XVIII arrondissement, et le porche de la rue Sédillot. Alors que je connais très bien l'œuvre de Lavirotte, sur laquelle j'ai déjà écrit 7 articles. Par ailleurs, ma formation en histoire de l'art, ma connaissance de l'Art Nouveau, ainsi que ma mémoire photographique me permettent souvent de repérer des détails et de faire de comparaisons ou trouver des ressemblances entre des éléments de construction et/ou décoratifs. Que d'autres personnes puissent remarquer les mêmes ressemblances me paraît logique et jamais je n'irais écrire un courriel pour m'en plaindre, avec des accusations infondées, comme l'a fait ce monsieur. Quant à dire que tout mon article reprend en totalité le sien, il fallait oser ! 

Je tiens à préciser que j'essaie au maximum de donner des références des publications ou des sites web que je consulte. Je crée des hyperliens, sur lesquels il suffit de cliquer, pour y avoir accès. Tout cela me demande, évidemment, des heures de recherche et de travail. Le tout sur mon temps libre, sans aucun but lucratif. Juste un partage de connaissance. Par ailleurs, j'ai vu, par exemple, il y a qq années, tous mes articles reproduits intégralement, sans mon autorisation, sur une page Face Book. J'ai pu obtenir leur retrait, tout comme ceux de collègues de blog, avec qui je m'étais associée à l'époque pour obtenir gain de cause. C'est cela les "bénéfices" d'avoir un blog. Et je ne compte pas les sollicitation d'expertise gratuite, les propositions de vente d'objets ou autre. Les demandes d'information pour lesquelles je ne reçoit même pas un "merci". Tous ces messages proviennent quasi systématiquement de messieurs qui croient soit que je suis à leur service, soit qu'ils en savent bien plus que moi ! Les remerciements et apports d'informations arrivent aussi, mais bien moins fréquemment. Ainsi en va le Net où le sexisme et l'opportunisme règnent comme partout ailleurs. 

J'ai donc, à l'occasion de ce message inopportun, réalisé que je n'avais pas encore publié d'article sur cet immeuble, comme tant d'autres constructions qui attendent dans mes archives. Je trouve aujourd'hui le temps de l'écrire, en l'illustrant de photos prises en 2012, il y aura bientôt 10 ans ! Ainsi que celles prises de l'intérieur, un jour où, par hasard, la porte était ouverte et que j'ai pu y entrer, deux ou trois ans plus tard. Comme à mon habitude, je fais des liens aussi bien avec des constructions de Lavirotte qu'avec celles d'autres architectes. 

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La grande majorité des informations que je donne dans cet article, viennent de l'ouvrage "Jules Lavirotte, l'audace d'un architecte de l'Art Nouveau" d'Yves Lavirotte (petit-neveu de l'architecte) et Olivier Barancy (2017). 



C'est la première construction de Lavirotte, pour laquelle il est possible de considérer qu'elle fait partie du style Art Nouveau et sa quatrième commande. Les trois autres étant un "château" à Chaouat en Tunisie, une participation dans l'édification de certains éléments de l'immeuble de rapport au 151, rue de Grenelle à Paris, dont la porte aux poignets salamandre (cf. photo ci-dessous) est tout à fait remarquable, ainsi qu'une villa à Saint-Cyr-au-Mont-d'Or.



Lavirotte s'est installé dans la rue de Grenelle, au n°134. Comme il fréquentait la bourgeoisie du quartier, il a ainsi fait connaissance de la comtesse de Montessuy qui lui a commandé un hôtel particulier, à construire sur une partie d'un terrain lui appartenant (au dos duquel s'élèveront ensuite les immeubles du square et de l'avenue Rapp), rue Sédillot.
Il s'agit d'une construction imposante sur trois étages. La travée de gauche où s'ouvre le porche monumentale est la partie présentant le plus d'éléments pouvant correspondre à l'art nouveau, 


le corps principal de droite, orné par deux balcons en fer forgé en "coup de fouet" d'Auguste Dondelinger -avec qui Lavirotte travaillera également par la suite-, est beaucoup plus classique. 
Attardons-nous sur le porche, dont les ferronneries sont de ce même artisan ainsi que celles des balcons et des tirants métalliques qui encadrent la fenêtre du bow-window.



Cette entrée a été très souvent comparée à celle du Castel Béranger de Guimard, dont la construction est antérieure. Il est cependant intéressant de remarquer que d'une part, initialement, elle n'était pas prévue ainsi mais de forme dissymétrique (comme je l'ai découvert grâce au plan publié dans l'ouvrage d'Y. Lavirotte et O. Barancy, sur l'architecte), tout comme la petite porte latérale à droite. et que, d'autre part, cette structure de porte flanquée de deux colonnes avec des petites ouvertures latérales, a été très souvent reprise par de nombreux architectes, y compris à Barcelone. Ce qui, détail amusant, est également le cas de l'ouverture initiale.


Ce type de porche dissymétrique Art Nouveau se trouve, par exemple au 4 rue Benjamin Godard, à Paris XVI, de l'architecte Henri Tassu et datant de 1906 ou encore au 7B Rue Damrémont, à Paris XVIII, des architectes Torchet et Gridaine et datant de 1902. 
Quant à l'entrée définitive avec les deux colonnes, je l'ai retrouvée reproduite de très nombreuses fois. Tout s'inspirant très probablement de la plus ancienne, celle du Castel Béranger de Guimard, datant de 1897-98


Par exemple : 

- l'immeuble Braque, au Havre, de l'architecte William Cargill , 1904.


- Maison de l'Américaine, à Perpignan, de l'architecte Claudius, de 1909


- l'immeuble Place Hoche, à Rennes, de l'architecte Charles Coüasnon, de 1908


- le vestibule (qui m'a valu le courriel dont je parle en préambule) de l'immeuble au 76, avenue d'Italie, Paris XIII, des architectes Ernest Denis et Gustave Just, de 1900


- Casa Conrad Roure, à Barcelone, de l'architecte Fernando Romeo y Ribot, de 1902.


En ce qui concerne la porte de service dissymétrique, j'en ai repérée une reprenant l'idée, d'un architecte inconnu, à Levallois-Peret. Comme quoi, les emprunts de détails architecturaux  étaient fréquents à l'époque. 


Levallois-Péret 


Mais, revenons, rue Sédillot. Un jour, que je passais par là, j'ai pu pénétrer dans le vestibule de l'immeuble et y découvrir le décor mosaïque représentant des chardons, motifs récurrent dans l'Art Nouveau et repris dans les sculptures latérales -de Léon Binet-, au sommet de la porte et sous lesquelles se niche la signature de l'architecte. 



A l'intérieur, j'ai également découvert une montée d'escalier avec une rambarde en fer forgé, probablement du même auteur que celles extérieures, ainsi que de très beaux vitraux avec des motifs végétaux et d'oiseaux.





Sortons de ce bref passage par le vestibule, allant sur le trottoir d'en face pour mieux apprécier la façade avec tous ses détails. 
Le bow-window de la travée de gauche est décoré par une plante qui s'étend comme une liane vers la fenêtre en fer-de-cheval du dernier étage. Cette sculpture toujours œuvre de Leon Binet, est une annonce des lianes qui en grès Bigot qui s'élancent sur la façade de l'hôtel Céramic construit quelques années plus tard. 


                             Hôtel Céramic

La fenêtre du dernier, couronnée par un visage féminin, est reprise par trois fois dans le corps principal et a un pendant un peu plus imposant que ces derniers à l'aplomb de la porte de service dissymétrique. 




Les fenêtres du deuxième étages sont flanquées de sculptures avec des motifs de tournesols, dejàa présents au 151, rue de Grenelle. 

 Rue Sédillot

151, rue de Grenelle

C'est avec cette construction, rue Sédillot, que commencera également la collaboration entre Lavirotte et le céramiste Bigot, menée à son paroxysme, sans doute aucune, avec la façade du 29 avenue Rapp. Ici, cela reste discret, avec quelques cartouches, avec une motif floral (campanules?), qui ornent le bandeau sous la corniche séparant le deuxième du troisième étage. 


Et surtout, les balustres en grès rose; en forme de bouton de fleurs, donc la symbolique sexuellement comme représentation des lèvres de la vulve a souvent été soulignée, qui ornent les rambardes des fenêtres du premier étage et sont identiques à celles qui se retrouvent, une fois encore, au 29 avenue Rapp. 

 rue Sédillot

Avenue Rapp

Je termine cet article, avec le coup-de-fouet magnifique des ferronneries d'une des fenêtres du rez-de-chaussée. 

A bon entendeur, salut ! 

dimanche 11 avril 2021

Immeuble de rapport et commerces, 25 rue du Temple. Architectes : Edmond Herbé et Maurice Deffaux. 1922, céramiques Gentil et Bourdet-Reims

Au début de l'été 2019, je suis retournée à Reims, sous prétexte de suivre une visite guidée Art Déco, que j'ai très vite abandonnée, tellement elle était loin de ma conception d'une visite agréable et intéressante. Cela ne m'a guère chagrinée car mon objectif principal était de voir toutes les façades avec des céramiques Gentil et Bourdet que j'avais repérées grâce à leur site (malheureusement inaccessible depuis plus d'un an) et peut-être d'en découvrir de nouvelles.
Je ne pense pas avoir vu autant d'exemples en quelques heures. Lors de sa reconstruction, après que la ville a été détruite à près de 70%, pendant la Première Guerre Mondiale, les céramiques Gentil et Bourdet ont été abondamment utilisées. Tellement nombreuses que je ne pense pas les avoir toutes vues, même si j'en ai trouvé qui n'était pas cataloguées et que j'en ai découvert également d'autres qui leurs sont attribuées sur Internet, ailleurs que sur leur site. J'avais prévu de sillonner la ville de haut en bas, mais le mauvais accueil reçu (il y a eu la guide, mais aussi celui dans les restaurants ou terrasses où -est-ce le fait d'être une femme seule?- je me suis littéralement sentie persona non grata ou totalement ignorée), ne m'a pas donné envie d'y rester longtemps. J'ai même avancé l'heure de mon retour. Je n'ai pas souvenir d'avoir eu une aussi mauvaise impression, dans une ville, lors d'un de mes paseos. Heureusement, la beauté des céramiques architecturales l'a largement compensée.
Mon malaise a été tel, que j'ai commencé cet article il y a deux ans, avec beaucoup de mal à l'écrire. De fait, l'idée au départ avait été de publier toutes mes trouvailles mais j'en suis encore incapable. J'ai donc décidé de publier ce que j'ai écrit sur un des édifices à la fois le plus connu et qui m'a énormément intéressée. 




 

Situé juste en face des Halles du Boulingrin, il s'agit d'un magnifique ensemble architectural dont le rez-de-chaussée est totalement recouvert de céramiques blanches, bleues et dorées, avec des détails ajourés, aquatiques et floraux.
L'immeuble est constitué de deux édifices reliés par un porche qui, bien que dans un même style oscillant entre Art Nouveau et Art Déco, avec des éléments d'inspiration mauresque, sont différents. le tout, tristement en plutôt mauvais état. Au minima, un ravalement des façades est nécessaire. Par ailleurs, les panneaux des restaurants s'y trouvant, tendent à enlaidir l'ensemble. 
La partie de droite compte le plus d'étages , avec deux travées latérales et des cheminées crénelées, alors que celle de gauche (dont le rez-de-chaussée est malheureusement défiguré par les enseignes d'un restaurant) est plus simple.
Dans le décor céramique, nous retrouvons des éléments bien connus de Gentil et Bourdet, comme les tonalités de bleu et les fleurs faites de pastilles blanches et bleues dans l'entourage des portes, dont certaines semblent reproduire un motif aquatique. Ce motif m'a rappelé celui de la piscine Saint Georges à Rennes, également de Gentil et Bourdet, mais encore plus celui de la façade du siège des Eaux Minérales Vals dont les céramiques sont le seul exemple à Paris, rue de Londres, de la manufacture Fourmaintraux et Delassus de Desvres.

                                           
Le haut ajouré des portes d'entrées ainsi que les auvents en béton recouverts de céramiques, apportent un petit air mauresque à l'ensemble, style dont il existe au moins un exemple avec des créations Gentil et Bourdet, à Paris, rue Boileau. 




Hôtel particulier, Richard et Audiger architectes, 
rue Boileau, Paris 16e


Le nom des céramistes est clairement indiqué au-dessus d'une des portes d'entrées. 


L'ensemble devait comporter, à l'origine, une partie commerciale ainsi que des logements sur  la rue et une fromagerie, côté cour, propriété de Boscher, le commanditaire de l'ensemble, Adolphe Prost, architecte collaborateur d´Herbé serait à l'origine du projet. 
En plus des céramiques qui recouvrent les façades du rez-de-chaussée, il y a d'autres éléments décoratifs intéressant comme des ferronneries typiquement Art Déco, dont d'originaux supports de pots à fleurs aux extrémités des balcons ainsi que des guirlandes fleuries sculptées dans la pierre.