jeudi 24 septembre 2020

Villa Jeanne d'Arc à Céret ( ancien restaurant Les Feuillants), 1 Boulevard Lafayette - architecte Viggo Dorph-Petersen - 1900-1920?


Le mois dernier, j'ai écrit un article sur le château d'Aubiry à Céret, ville où je réside depuis quelques semaines. En plus du château, bien connu et assez bien documenté, j'avais immédiatement remarqué, en plein centre ville, au début du boulevard Lafayette, face à la célèbre place Picasso, une construction qui paraissait abandonnée et qui faisait penser à un ancien restaurant. Construite dans un style éclectique, seules les ferronneries semblaient clairement dans un style Art Nouveau un brin kitch, qui me semblait assez récentes (effectivement, elles n'apparaissent pas sur les photos anciennes). A part la confirmation qu'il s'agissait d'un ancien restaurant, ce qui était facile à déduire par certains éléments (comme l'emplacement pour afficher le menu), je n'avais aucune autre donnée. Jusqu'à ce que je sache le nom du dit restaurant: "Les Feuillants" et qu'à partir de là, je puisse mener une petite recherche et retrouver un certain nombre d'informations, dont le nom de l'architecte, qui n'est autre que le même que celui du château d'Aubiry: Viggo Dorph-Petersen.


Cet architecte, d'origine danoise, s'installe à Perpignan entre 1883 et 1884. Il s'est formé au Danemark ainsi qu'à l'Ecole des Beaux Art de Paris. Il reçoit une commande pour une construction à Vernet-les-Bains, alors qu'il travaille pour un cabinet d'architecte parisien, ce qui a été probablement le point de départ de son emménagement rue Traverse-Vauban à Perpignan. Dès 1890, il ouvre un cabinet d'architecte, qui devient également un lieu de formation pour nombre d'architectes. Il travaille notamment pour Pierre Bardou, sur les trois châteaux commandés pour ses enfants. Loin de l'architecture palatine, il construit également un certain nombre de villas pour la bourgeoisie de la ville et d'autres lieux, comme Céret.

Cette villa est construite sur un plan similaire à celui des premières maisons de l'architecte à Perpignan, comme la Maison Combe-Jacomet  et l'hôtel Drancourt , constituées d'un corps de 3 étages, légèrement en avancée et d'un corps de 2 étages, plus trapu, orné d'une balustrade.










Je n'ai malheureusement trouvé aucune indication sur le commanditaire de cette villa, qui fut d'abord un "Café des Sports" comme indiqué sur ces cartes postales anciennes et probablement un hôtel, avant de devenir le célèbre restaurant "les Feuillants" qui a fermé ses portes en avril 1999, avec une initiative de réouverture en 2013 sous le nom de 
l'atelier de Josep Bufi, qui n'a probablement pas abouti. Ce qui veut dire que, depuis plus de 20 ans, cette belle villa se trouve abandonnée. Aujourd'hui, l'édifice est en vente. Evidemment, je suis preneuse si quelqu'un.e a des informations sur l'ancienne Villa Jeanne d'Arc, notamment au sujet de sa construction et du/des premiers propriétaires. J'ai juste trouvé une mention indiquant qu'elle aurait appartenue à un général.



dimanche 9 août 2020

Château d'Aubiry, Céret (Pyrénées-Orientales), architecte: Viggo Dorph-Petersen, de 1893 à 1904 -Hubert (maitre verrier), Perrault Henry (peintre), Ruel Léon (peintre), Bastet Victorien-Antoine (sculpteur), Gervais Paul-Jean (peintre)

Lorsque j'ai décidé de venir vivre à Céret, j'ai cherché sans trop y croire (bien qu'avoir découvert la richesse de ce style à Perpignan, me permettait d'espérer) , s'il y avait des constructions Art Nouveau. Et: bingo! Même si le style extérieur du Château d'Aubiry est éclectique et que les éléments caractéristiques n'y sont pas très présents, l'intérieur (qui ne peut malheureusement pas se visiter) correspond en grande partie à l'Art Nouveau. Le Château (sauf, curieusement les serres) est quasiment entièrement l'objet d'une inscription au titre des Monuments Historiques (arrêté du 19 janvier 2006), ce qui peut laisser espérer qu'il continuera à être à peu près conservé en l'état. Le Château est toujours en vente (pour la "modeste" somme de 12 millions d'euros) ou à louer, selon les articles de presse que j'ai pu trouver. Je m'interroge sur le fait qu'un tel bien puisse être inaccessible au public, alors que, encore une fois, il s'agit d'un des rares intérieurs Art Nouveau conservés en France. Il a été également le décor d'un film qui se déroule en 1959.

Néanmoins, le fait qu'il se trouve dans une zone non reconnue comme ayant de l'Art Nouveau, et plutôt isolé (il se trouve au milieu de vignes et de champs de cerisiers, quasiment à 6 km à l'est de la ville de Céret), a fait qu'il n'a pas suscité l'intérêt des passionnés d'Art Nouveau et reste assez méconnu. Alors qu'il mériterait une bien plus grande visibilité.

J'ai également du mal à comprendre comment une ligne de haute tension passe non loin, défigurant totalement la perspective, mais j'imagine facilement que cela n'est qu'un détail sans importance pour les pourvoyeurs d'électricité.

Viggo Dorph-Petersen, l'architecte du château, a beaucoup travaillé pour le riche homme d'affaires et homme politique perpignanais Pierre Bardou-Job, qui a développé l'industrie des papiers à cigarette JOB, créée par son père. Il lui commande notamment un château pour chacun de ses trois enfants. Celui d'Aubiry a été construit pour son fils Justin. Cependant, l'industriel ne le verra jamais puisqu'il meurt  en 1892, juste avant le début de la construction.

Affiche pour le papier à cigarettes Job, Gerorges Meunier, Chaix imprimeur, lithographie, 1894 Affiche pour le papier à cigarettes Job, Gerorges Meunier, Chaix imprimeur, lithographie, 1894

L'architecte danois, a beaucoup construit dans toute la région. Il a su conjuguer l'utilisation de matériaux nouveaux comme le béton armé ( il a été l'agent régional du cabinet Hennebique) avec l'architecture palatiale, aux nombreux éléments historicistes, caractéristique de son style éclectique. Il affectionne les clochetons originaux, les tourelles élégantes, les fenêtres asymétriques et les bow-windows propres à l'Art Nouveau ainsi que les frises ou les médaillons floraux en céramique. Éléments bien présents dans le construction du château ainsi que ses dépendances.

                           

Malheureusement, il est impossible d'approcher du château qui est entouré par une grille dissuasive. Je n'ai pu faire que des photos de loin et uniquement des deux entrées latérales.

  

Les dépendances à l'entrée  des deux accès au parc du château, invisible car protégé par de hauts murs, sont facilement photographiables et présentent plusieurs éléments intéressants, même si j'ignore si Dorph-Petersen en est bien l'architecte. 
Celle à gauche de l'entrée principale, située au sud du domaine, présente une entrée assez intéressante, en fer forgé et pavés de verre, avec une frise qui court sur le haut de la constructions et des applications de fleurs en céramiques.    
    
                                         
 
       

                 
L'autre, à l'entrée située à l'Est de la propriété, semble plus sophistiquée et surtout, elle a une cheminée accolée, qui indique qu'il devait y avoir une production industrielle autre, que celle du vin (dont les caves et celliers se trouvent à l'Ouest).

                                    

Cette entrée s'ouvre par une belle grille, aujourd'hui rouillée, sur un chemin de terre qui longe les magnifiques serres constituées de trois dômes de quasiment 20 mètres de hauteur, reliés par des salles-galeries, sur une longueur totale de plus de 100 mètres. Elles sont un intéressant et élégant exemple de l'architecture métallique du début du 20e siècle et ont été construites par la fonderie du Val d'Osne (52), la même qui a réalisé les entourages Art nouveau conçus par Hector Guimard pour le métro de Paris ou encore les fontaines Wallace. Certaines sources citent Gustave Eiffel comme leur créateur, mais c'est une erreur fréquente de lui donner la paternité de toute construction métallique de cette époque.
De nombreux détails que je n'ai malheureusement pas pu photographier, me trouvant isolée derrière un grillage, sont visibles ici. J'ai tout de même pu faire de beaux clichés et capté le détail des descentes des canaux d'évacuations d'eaux.  
Selon la base de données Mérimée, ces serres ne seraient plus protégées. 


               
                                                         

Juste devant l'entrée principale au Sud, se trouve un charmant oratoire dédié à Ste Marguerite, à l'ombre duquel je me suis assise et reposée après la marche de 6km sous le soleil, depuis Céret. Juste à côté se trouve une petite structure avec des dessins catalans en relation avec les vendanges. 

                               

                              



Depuis cet endroit, il est possible d'observer les anciennes caves et celliers, auxquels il est possible d'accéder mais où je n'ai pas eu le temps d'aller pour prendre des photos. 


PS: Le nouvel éditeur de Blogger est une catastrophe en ce qui concerne l'insertion des photos et leur disposition. Désolée pour la mise en page.

lundi 20 juillet 2020

Avenue des Frères Haeghe 25, Avenue Van Cutsem 27, 28-28b, 29 Rue des Volontaires 2 et Boulevard des Déportés 30, 32 Tournai - Architectes Gustave Strauven, Félix Strauven - 1903, 1904 et 1907

Dimanche dernier, je me suis rendue pour la première fois, dans une autre ville belge que Bruxelles, riche en Art Nouveau: Tournai. Ce fut un très agréable "paseo", avec d'intéressantes découvertes. Notamment des façades ornées de sgraffites. 
J'ai réalisé sur place, alors même que j'avais préparé mon circuit, combien l'oeuvre architecturale de Gustave  y était présente. J'ai également constaté qu'il y a surtout travaillé avec son frère Félix, beaucoup moins célèbre.
Si vous associez son nom uniquement à la maison de Saint Cyrpeut-être serez-vous déçus. Ici, aucun grand oeil de boeuf ni de denses entrelacs en ferronnerie; L'oeuvre y est plus proche de la maison  Maison Van Dyck, à Bruxelles ainsi que d'autres constructions moins célèbres, notamment dans le quartier de Schaerbeek, d'où il était originaire. Nous y retrouvons cependant son amour pour l'art de la ferronnerie, mais avec un peu moins de virtuosité qu'à Bruxelles. Par contre, à Tournai, les sgraffites sont un élément est très présent, alors que l'on en trouve plus rarement sur ses constructions bruxelloises.


 Avenue des Frères Haeghe, 25

J'ignore pour quelle obscure raison la façade du rez-de-chaussée et le premier étage a été complètement massacrée et remplacée par une  construction en béton, sans aucun autre intérêt que d'offrir de plus grandes ouvertures.
Sur l'élévation publiée sur le site consacré à une exposition sur l'architecte, qui a eu lieu à Schaerbeek en 2017, la base de l'édifice est de style Art Nouveau, avec notamment un soubassement sculpté en pierre bleue, de chaque côté de la fenêtre du soupirail (qui correspondait souvent à la cuisine). Par ailleurs, un ornement faîtier à également disparu. De nos jours, seule une ouverture en demi-lune au troisième étage et les balcons aux ferronneries caractéristiques du style de Strauven permettent de situer le bâtiment dans le style Art Nouveau.
L'ensemble est construit principalement en briques rouges, comme souvent pour cet architecte, soulignées de bandes en briques ocre blanc. Le soubassement d'origine était en pierre bleue, un autre matériaux que Strauven a souvent utilisé, a disparu, comme indiqué précédemment.


Avenue Van Cutsem 27, 28-28b, 29 Rue des Volontaires 1

Cet ensemble d'habitations est absolument remarquable. Le bois, la pierre et le fer y sont admirablement travaillés, encadrant et mettant en valeur d'originaux sgraffites géométriques.
Le tout a été restauré en 2009 et est actuellement occupé, en partie, par des logements sociaux.


Ces immeubles en briques rouges, soulignées par des lignes de briques ocre blanc, ont des soubassements en pierre, comme possédait à l'origine l'édifice précédent. Ici, ils ont été heureusement conservés et, pour certaines, ils sont couronnés de sgraffites plus ou moins bien conservés/restaurés. 



Le nom des architectes et la date de construction sont gravés sur le soubassement du n°27. Malheureusement, l'ignorant, je n'ai pas pu les photographier.
Les photos sont de APEB, 2002.



L'angle de la rue des Volontairs avec l'avenue Van Custem est rompu par une tribune soutenue par des consoles croisées au dessin très caractéristique de l'oeuvre de Strauven.


Le balcon du n'° 29, repose sur de belles consoles en fer forgé.


Les portes d'entrée sont ornées de belles ferronneries et celle du n°2 rue des Volontaires a des poignées torsadées au décor Art Nouveau.




Boulevard des deportes, 34-36

Il s'agit de deux immeubles quasiment identiques, à trois travées, avec un bow-window central.
J'ai pu photographier la signature de l'architecte sur le soubassement des fenêtres du rez-de-chaussée du n°36. 
Sur cette façade également de beaux sgraffites.