jeudi 31 décembre 2020

La villa « Las Indis », Arles-sur-Tech, Pyrénées Orientales - ingénieur, maître d'ouvrage Joseph-Pierre Monin - 1900/1902


Je découvre progressivement, l'Art Nouveau de la région où j'habite depuis peu. Ici, encore une fois, c'est l'intérieur qui correspond le plus au style, mais l'édifice qui l'accueille n'est pas sans intérêt.
La ville était, au XIXe et début du XXé siècles, un grand centre minier. En fait, un centre de traitement du minerai de fer provenant des mines alentours, notamment de Batère, au nord de Corsavy et qui était descendu par une sorte de téléphérique long de 8 km. 
Joseph-Pierre Monin était propriétaire des mines de Batère et il devait, par cette villa, pouvoir indiquer son prestige et pouvoir. Ingénieur civil, il imagine donc un bâtiment de style éclectique, mélangeant historicisme et Art Nouveau.


 Le nom de la villa est fort intéressant car, en Catalogne du Sud, nombreuses sont les constructions moderniste (Art Nouveau catalan) qui ont été commandité par des catalans qui avaient fait fortune aux "Indes" américaines, souvent appelés "indianos" ou "americanos". Je n'ai pu retrouver aucun élément biographique sur son constructeur et propriétaire qui pourrait attesté qu'il ait fait fortune en Amérique, mais cela pourrait en être une explication. Ou bien, l'a-t-il été donné, justement, en rappel des somptueuses villas modernistes de la Catalogne du Sud. 

Son plan est plutôt massif, avec un rez-de-chaussée surélevé, comprenant deux entrées principales toutes deux ornées d'un sol en mosaïque, dont un malheureusement en très mauvais car en extérieur. L'édifice abrite aujourd'hui la Mairie et il est par ailleurs inscrit aux monuments historiques depuis 1987. Il serait donc important de restaurer cet élément qui va très vite continuer à se dégrader si rien n'est fait.





Les fenêtres sont de formes variées et certaines ornées de vitraux.






Les rambardes sont d'un même motif en fer forgé.



A l'intérieur, le décor peint présente des motifs floraux clairement Art Nouveau, ainsi que les boiseries.





Les photos des intérieurs proviennent du site du Ministère de la Culture et ont été retravaillées sur ordinateur. Je suis l'auteur de toutes les autres photos. 

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Lors de ma visite, j'ai découvert dans cette ville, une magnifique façade d'une boulangerie, ornée de mosaïques Art Déco, avec une très belle sonnette. Malheureusement, je n'ai trouvé aucune information sur le mosaïste qui l'a réalisée et je crains, là aussi, pour sa conservation, puisque l'établissement est en vent et abandonné. 


mardi 29 décembre 2020

Montpellier Art Nouveau - Architectes Jacques Février (1866-1927) et Edmond Leenhardt (1870- 1950) - Hector Loubatié (1862-1939)


Montpellier n'est pas une ville à laquelle l'Art Nouveau semblerait pouvoir être associé, pourtant, comme un peu partout en France, il y est bien et bel présent, même si méconnu.

Il y a de cela trois ans, ma fille, qui habite la ville, m'avait fait part de sa découverte d'un immeuble Art Nouveau: celui de Jacques Février, avenue Georges Clémenceau. En 2018, lors d'une visite à l'église Art Déco Sainte Thérèse, dans le quartier de l'aqueduc, j'avais découvert une entrée avec d'énormes girolles sculptées, bien dans le style Art Nouveau, ainsi qu'un portail en bois, d'une villa située non loin, toutes deux œuvres Edmond Leenhardt. Puis cette année, ma fille, m'a indiquée un autre édifice Art Nouveau, toujours de lui, près de la gare. Ce dernier architecte, très prolifique, a conçu d'autres édifications dans ce style, notamment avenue de Lodève, que j'ai pu visiter lors de ces vacances de Noël. Je rajouterais aux oeuvres de ces deux architectes montpelliérains, celle d'un architecte bordelais Hector Loubatié. 

60, avenue Georges Clémenceau, architecte Jacques Février, nd.


Il s'agit d'un petit immeuble d'angle, assez massif et trapu d'allure, mais il présente de nombreux éléments proches de l'Art Nouveau que l'architecte connaissait bien puisqu'il est l'auteur de la villa Laurens à Agde (1899) dont l'intérieur Art Nouveau est égyptisant avec des éléments végétaux et maritimes. Il a également utilisé le béton armé, nouvellement découvert, dans ses constructions.

Toutes les ouvertures offrent des formes arrondies, ainsi que les balcons aux rambardes ogivales avec des ferronneries très épurées, qui semblent annoncer l'Art Déco. Les soupiraux ont, quant à eux, des formes en fer à cheval aplati sur le sommet. 



Les bandeaux sculptés autour des ouvertures ogivales (qui reprennent la forme des rambardes des balcons), au-dessus des fenêtres du premier étage, sont ornées de feuilles de chardons, motifs très fréquents dans l'Art Nouveau. La bande en céramique qui court sous la terrasse est ornée de motifs floraux que je n'ai pas réussi à identifier.


La porte d'entrée est surmontée par un visage de femme aux cheveux ondulants, avec des motifs végétaux, dont le front s'orne de ce qui pourrait être une rose des vents et la tête est entourée par une sorte d'auréole étoilée.  


L'architecte Jacques Février a également construit un autre immeuble au 98, avenue de Toulouse et le monument aux Morts sur l'esplanade Charles-de-Gaulle. 

Edmond Leenhardt

Il est l'auteur d'une quarantaine de villas, la plupart réalisées pour la bourgeoisie protestante montpelliéraine dont il fait partie, ainsi que des immeubles et des bâtiments à usage public. Seule une petite partie d'entre ces constructions peut se rattacher à l'Art Nouveau. 

Il fait ses études d'architecture à l’École des Beaux-Arts de Paris, où il a comme professeur Charles Girault avec qui il cosignera la façade du Petit-Palais. 

Avenue d'Assas

Ma première rencontre avec son œuvre a été cette porte en bois, au n°18, qui donne accès au jardin d'une villa. Sur la façade, le nom "Fleur de mai" et la date de la construction "1912" sont bien visibles, ainsi que le nom de l'architecte avec, de nouveau la date. L'édification en elle même n'est en rien représentative de l'Art Nouveau, peut-être parce qu'elle est déjà tardive.

















Un peu plus loin, au n°38, l'entrée avec d'immenses girolles sculptées m'avait étonnée, car il ne s'agit pas d'une représentation fréquente, j'en ignorais l'architecte mais mes recherches sur Leenhardt m'ont appris qu'il en était l'auteur.

Le motif des girolles est repris dans la décoration des arcs en anse-de-panier au-dessus des fenêtres de la façade.

La villa a été complètement défigurée par l'apport récent d'un étage.




Avenue de Lodève

Située au n°72, la villa "Harmonie", construite en 1906, est une commande de la cantatrice Emma Calvé. Cette construction, ainsi que celle voisine, me rappelle les villes Liberty en Italie, aussi bien par leur structure, que par la frise sculptée qui court en haut des murs, sous la toiture. Ici, elle est ornée de clés de Sol et des lyres.


La villa suivante, en remontant l'avenue, qui se trouve au n°74 et porte le nom des "Chardons" motifs que l'on retrouve sur les piliers des deux entrées, ainsi que sur la frise qui court sous les toits.

La terrasse est protégée par une rambarde en bois dont le dessin rappelle celui de la porte de la villa rue d'Assas. 

Cette villa, qui date de 1907, est une commande du cousin de l'architecte, l'ingénieur agricole Edouard De Labouchère. Il semblerait que la décoration de la villa soit un reflet de son caractère bien trempé, indiqué également par une inscription au-dessus d'une ouverture côté jardin "qui s'y frotte, s'y pique". 




5, rue Colin 

Situé non loin de la gare, cet immeuble d'un étage, reproduit le motif de chardons la villa précédente, sur une construction fort intéressant, peut-être celui qui me semble avoir le plus l'esprit Art Nouveau.

Le balcon central avec le décor de chardons repris sur la frise qui court sous les toits, me semble de toute beauté et couronne bien l'étroite porte d'entrée, flaquée de deux petites fenêtres. 







Cinématographe Pathé, 29, boulevard Sarrail - Hector Loubatié - 1908

Voici une commande faite à un architecte bordelais, présente quelques éléments de la façade qui peuvent se rapprocher du style Art Nouveau. Le coq, au centre, est emblème de la compagnie des frères Pathé. L'ensemble a été sculpté par François Acher en 1909. 

Loubatié a réalisé plus tard, en 1919, le Ciné-Théâtre Girondin, à Bordeaux, aux vitraux et céramiques bien dans le style Art Nouveau.