Blog d'une historienne de l'Art, passionnée par l'Art Nouveau et le Modernisme (Jugenstil, Liberty, Art and Craft). Suivez-moi dans mes paseos, en France et à travers le monde, à la découverte de l architecture et des différents éléments de cette période.
mardi 1 novembre 2022
Cimetière de Ripoll (1903) avec des niches funéraires modernistes (1909-1910), architecte : Antoni Coll i Fort
samedi 23 juillet 2022
Modernisme et industrie textile : Sant Joan de les Abadesses, Ripollès, Casa Josep Bassols ou Conill 1, architecte : Salvador Viñals Sabaté, 1905 - Casa (Rita) Conill 2, architecte et date inconnus - Casa Vídua Climent Tarré, architecte: Antoni Coll i Fort, 1912/15
Fuyant la canicule, je suis partie quelques jours dans les montagnes de Molló, en Catalogne du Sud, dont je suis descendue dimanche dernier, profitant d'une légère baisse des températures, pour visiter Sant Joan de les Abadesses. Cette ville est surtout connue par son monastère qui a été fondé au IXe par Wilfred le Poilu, qui y a installé communauté de moniales bénédictines. La première abbesse en a été sa fille Emma.
Comme à mon habitude, je me suis intéressée aux édifices modernistes (Art Nouveau catalan) qui pouvaient s'y trouver. L'existence de la base de données sur l'architecture moderniste, extrêmement complète, que mon collègue de blog et ami, Valenti Pons i Toujouse a créée, m'a permis d'avoir très rapidement toutes les informations pour les localiser.
Dans de nombreuses villes catalanes, l'essor de l'industrie textile au début du 20e siècle, a fait que certains industriels ont commandé des demeures dans le style moderniste, en vogue à l'époque. C'est le cas de Sant Joan de les Abedesses, avec sécurité, pour au moins deux des constructions modernistes.
Casa Josep Bassols ou Conill 1
Bassols a commandé à l'architecte moderniste Salvador Viñals Sabaté (qui a oeuvré essentiellement à Barcelone et à Sitges), l'immeuble qui porte son nom. La façade aujourd'hui est très peu représentative de l'Art Nouveau, si ce n'est par les ferronneries des balcons. En effet, la faitière aux formes arrondies ainsi que les entourages des portes ont été détruits. Par contre, le rez-de-chaussée a été conservé en l'état avec les magasins où devaient se vendre les textiles. En 1905, Bassols, laisse la propriété de l'industrie, qui est reprise uniquement par Espona. Probablement, dans les années 20, elle sera de nouveau reprises, cette fois-ci par un dénommé Conill, comme cela est visible sur les photos de 1927.
samedi 25 septembre 2021
Modernisme d'estiueig, Camprodon, Ripollès, Catalogne - Can Roig, architecte Simó Cordomí, 1900/01 - Can Surís, architecte Josep Renom i Costa, 1911 et autres.
La découverte de la toute petite ville de montagne de Camprodon a été une belle surprise. Dès mon arrivée, après deux heures de bus depuis Céret, à travers de sublimes paysages de montagne, j'ai aperçu la plus grande et impressionnante des constructions modernistes de la ville. Les autres ne sont pas aussi spectaculaires et toutes le sont fort peu face à l'Art Nouveau de nombre de villes catalanes, mais elles ne sont pas dénouées d'intérêt car elles représentent la pratique de l'estiueig (mentionnée dans mon article précédent sur La Garriga) qui était en vogue, pour les familles bourgeoises des grandes villes, au début du XXe siècle. C'est-à-dire en plein essor de l'architecture moderniste.
Voici quelques extraits traduits d'un article sur l'estiueig au temps du modernisme, du journal catalan ARA:
Les grandes vacances pendant les toutes premières décennies du XXe siècle (...) étaient un privilège réservé aux familles les plus riches. Elles s'installaient deux, trois ou quatre mois en dehors de la ville (...). “À mesure qu'avançait la Révolution Industrielle et que les conditions de vie dans les villes de détérioraient, surgissaient des courants hygiénistes qui montraient l'importance d'aller vivre dans une ambiance bénéfique pour la santé”, explique l'historien Joaquim M. Puigvert (...). L'impact des grandes vacances s'est étendu partout sur le territoire et il a apporté des transformations dans tous les domaines de la vie sociale: par exemple, des pâtisseries ont ouvert dans de petites localités (...) et il y a eu des améliorations urbanistiques (...).
Camprodon est un clair exemple de cet engouement pour le tourisme de santé et de montagne, à la recherche d'air pur, mais également de l'eau provenant des sources très nombreuses dans la région. Aujourd'hui encore, il est habituel de venir remplir un grand nombre de récipients d'eau pure, à une des fontaines situées à la périphérie de la petite ville.
De plus, la ville compte un très grand nombre de pâtisserie, situées le long de la rue principale (carrer Valencia), dont une des plus célèbres, présente une devanture moderniste et un carrelage avec des roses "Mackintosh". Une plaque située sur le côté signale la hauteur atteinte par l'eau lors de l'aiguat de 1940. Une terrible inondation qui eu lieu 16 au 20 octobre 1940.
Une de ces nombreuses pâtisseries, est devenue, une grande usine de biscuits. Birba, installée en 1893, y a beaucoup prospéré à l'époque de l'estiueig et sa production reste importante aujourd'hui.
Can Roig:
Située à l'entrée de la ville, près de la route qui vient de France, se dresse cette bâtisse impressionnante. Une "torre" (tour) comme elles sont appelées dans les villes où le modernisme s'est développé en Catalogne. Car il s'agit généralement de grandes villas agrémentées d'au moins une tour, visible de loin et de bien montrer l'opulence du propriétaire.
Elle a été construite par l'architecte Simó Cordomí, comme résidence secondaire pour le Dr. Emerencià Roig. Malheureusement, il est décédé en 1901, l'année même où elle a été terminée. Ce médecin était le beau-frère du Dr. Robert qui a grandement contribué au développement de la petite ville comme lieu de villégiature et de soins (estiueig), en la recommandant à sa riche patientèle barcelonaise.
Le bâtiment a été occupé jusqu'au début de la deuxième guerre mondiale. En 1939, il a été utilisé comme hôpital militaire pendant "la retirada".
L'actuel propriétaire, un particulier, a été sommé d'intervenir pour couvrir des zones qui risquaient de s'effondrer à tout moment. Ce qui a été fait en 2014, avec notamment une toiture métallique fort inesthétique, n'empêchant pas, au demeurant, que l'eau de pluie ne pénètre facilement partout puisque tout l'édifice est ouvert à tous vents. Des projets de transformation en hôtel ou en logements sociaux ont été discutés à ce moment-là. Mais, force est de constater que depuis lors, la construction continue à se dégrader d'année en année.
Son style architectural moderniste est fortement marqué par des détails néo-gothique, ce qui fait que l'on peut lire sur certaines publications que l'architecte aurait pu être Puch et Cadafal. Il est fort probable que l'architecte Simo Cordomi s'en soit inspiré, comme il l'a fait pour d'autres de ses constructions, comme la mairie de Granollers dont il était l'architecte municipal. Il est surtout connu par son travail pour la maison la Constructora Ribas i Pradell, pour laquelle il créa des maisons de bois démontables destinées à la Guinée Equatoriale.
La villa est composée d'une façade principale avec une tour latérale au toit pointu recouvert de tuiles vernissées, ornée d'un cadran solaire et d'une statue religieuse intégrée à l'angle extérieur. Elle abritait peut-être un grand escalier, comme semblent l'indiquer les trois ouvertures verticales qui s'ouvrent sur un de ses côtés.























































































































