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mercredi 14 juillet 2021

Maison Strauven, Rue Luther 28 et Rue Calvin 5, Bruxelles - Architecte : Gustave Strauven - 1902

 Le premier week-end de juin, j'étais de nouveau à Bruxelles, après quasiment un an d'absence. J'y suis allée dans le cadre du BANAD, pour visiter les intérieurs des "Tiny houses", dont la plus petite d'entre elles est, sans doute aucun, la Maison Strauven. Jusque là, je n'en connaissais que la façade extérieure que j'avais photographié lors d'une première visite du quartier des Squares, en 2018, qui m'avait permis de découvrir l'œuvre de l'architecte, extrêmement nombreuse dans ce district (33 de 57 constructions à Bruxelles). 


C'est l'actuel propriétaire, historien de l'art, qui a guidé la visite, ponctuée d'anecdotes, en lui donnant une touche personnelle très agréable, tout en nous entrainant à la fois dans la maison et dans sa passion pour elle. Il l'achetée en 1998 alors qu'il était déjà passionné par l'œuvre de l'architecte et a effectué de nombreuses recherches pour restaurer l'édifice de manière très respectueuse, mais surtout dans une totale compréhension de l'œuvre. 
Aujourd'hui, lorsque nous observons la façade, nous avons l'impression que la logette du premier étage a toujours existé car elle s'y intègre parfaitement. Probablement, bien plus que le balcon en briques qui avait été rajouté. Et pourtant, même si présente sur les plans originels, elle n'avait jamais été construite. Une autorisation a été nécessaire pour restituer à la façade l'esthétique prévue par l'architecte.


Il s'agit de l'ancienne maison personnelle de l'architecte. Il en avait choisi l'emplacement car face à un parc, malheureusement aujourd'hui occupé par une barre horizontale d'appartements dont les occupants peuvent profiter de la vue de si bel édifice, mais la réciproque est loin d'être vraie. Construite sur un terrain en équerre sur une parcelle de même pas 4 mètres de large (3,75 mètres), ce qui a demandé beaucoup d'ingéniosité à Strauven pour en tirer le meilleur profit en réalisant une maison lumineuse et fonctionnelle qui se développe sur 4 niveaux. Le dénivelé du terrain fait que le premier niveau est quasiment en sous-sol côté façade principale et de plein pied côté rue Calvin où, depuis les années 50, se trouve un garage. 


La façade principale s'orne d'un jeu subtil de briques jaunes et bleues, ainsi que de pierre blanche. Les briques bleues sont disposées astucieusement de manière de plus en plus rapprochée au fur et à mesure de l'élévation de l'édifice ce qui donne une impression de largeur pour les premiers niveaux. 
L'entrée se fait par une loggia d'où partent deux escalier, l'un menant au demi sous-sol précédé d'une toute petite cour et l'autre à l'étage s'ouvrant sur une minuscule terrasse en bois. 
La grille d'entrée en fonte peinte de couleur verte présente un motif en arabesque, créé par Strauven,  dont se feront de nombreux moulages et c'est ainsi qu'il se retrouvera sur les ferronneries de bien des constructions ultérieures de Strauven, lui donnant une sorte de "marque de fabrique". 


La visite de l'intérieur, fort intéressante du point de vue des prouesses architecturales, a été bien décevante pour la passionnée d'Art Nouveau que je suis (ce qui s'est reproduit lors de la visite de l'intérieur de la Maison Saint Cyr). Il est vraiment très sobre, trop à mon goût.
Strauven a eu toute sorte de freins de la part des autorités de l'époque qui lui ont fait changer les plans d'origine, comme l'obliger à reculer la façade postérieure, de quelques 80 cm. 



De larges baies vitrées éclairent les pièces, et l'ingéniosité de l'escalier central, placé juste à l'angle de l'équerre, rappelle que Strauven a été en stage pendant deux ans avec Victor Horta, dont les puits de lumière ont révolutionné l'habitat bruxellois de l'époque. Ici, le disciple a bien suivi les leçons du maître en installant une verrière zénithale. 



Pour l'anecdote, L'architecte ne vivra jamais dans cette maison, qu'il mettra en location pour s'installer ensuite à Tournai, où il poursuivra sa carrière en compagnie de son frère Felix. 
En guise de conclusion, voici un extrait d'une lettre de remerciement de Strauven à Victor Horta envoyée depuis Zurich: « avant tout, monsieur Horta, je viens vous remercier, des bonnes études que j’ai faites dans votre bureau. je considère en effet que c’est là que j’ai acquis les connaissances nécessaires pour me tirer facilement d’affaire et même à être le bienvenu dans une ville et pays étrangers. c’est dans votre bureau encore que j’ai appris à avoir à cœur l’étude et la recherche. je vous remercie encore cher monsieur, pour l’excellent certificat grâce auquel je suis parvenu à rentrer dès le second jour dans un des principaux bureaux de Zurich» (musée Horta) in http://patrimoine.brussels/liens/publications-numeriques/versions-pdf/articles-de-la-revue-bruxelles-patrimoines/numero-22/article-22-7

lundi 4 janvier 2021

Avenue Louis Bertrand, Schaerbeek, Bruxelles - architecte Gustave Strauven - 1906

 Gustave Strauven est un architecte Art Nouveau dont je trouve le travail particulièrement intéressant. J'aime surtout l'usage qu'il fait de la ferronnerie d'art. Elève de Victor Horta, il a su donner une identité propre à ses œuvres. Sa réalisation la plus connue est probablement la Maison Saint Cyr sur le Square Ambiorix, dont j'espère pouvoir visiter l'intérieur lors du Banad de cette année (croisons les doigts pour que ce ne soit pas annulé comme l'an dernier, pour cause de pandémie). 

J'ai déjà publié des œuvres de Strauven à Bruxelles (dont la Maison Saint Cyr) et à Tournai. Et il m'en reste plus à publier un jour. Peut-être en mars/avril prochain, si je me rends à Bruxelles.

La commune de Shaerbeek prend de l'importance à partir du début du XIXe siècle avec la destruction des remparts qui la séparaient de la capitale. Sur la commune, Strauven, qui y habitait, a construit pas moins de 33 édifices sur les 57 qu'il a réalisé à Bruxelles. 

Le début du XXe siècle est marqué par la création de nouvelles avenues bourgeoises dont l'avenue Louis Bertrand, conçue comme un axe visant à relier l'église Saint-Servais et le parc Josaphat. Le style des immeubles bordant l'avenue est fortement à tendance éclectique, ce qui fait que les constructions Art Nouveau s'y intègrent parfaitement.


Ancienne Maison Verhaeghe, Avenue Louis Bertrand 43

Il s'agit d'une maison bourgeoise de quatre niveaux à façade asymétrique. Elle présente un mélange de matériaux avec, pour la travée de droite, un rez-de-chaussée en pierre bleue sculptée, qui continue jusqu'au premier étage en se mêlant à des briques beiges. Le troisième et quatrième sont faits de ce  dernier matériau hormis un bow-window en bois. Le balcon de la loggia du dernier étage et la baie vitrée du rez-de-chaussée sont ornée de ferronneries en coup-de-fouet.



La travée de gauche présente une entrée légèrement surélevée, surmontée d'une baie d'imposte avec un vitrail représentant un décor végétal. 


La porte d'entrée en bois, encadrée par de la pierre bleue sculptée, est ornée de ferronneries représentant des tiges végétales.


Le sommet de la travée culmine en une tourelle carrée à dôme.


Avenue Louis Bertrand 53, 55-57, 59-61 et Avenue Louis Bertrand 63-65


Il s'agit d'une série d'immeubles tous réalisés pour un même commanditaire situés de chaque côté de la rue Josaphat. Ce sont des immeubles d'angle à pan coupé qui culmine pour le N° 63-65 par un dôme.


L'immeuble de droite, correspondant aux n°50, est construit en brique rouge et jaune, qui donnent à l'ensemble une couleur orangée, réhaussée par des éléments de pierre bleue. 
La date et le nom de l'architecte sont gravés dans la pierre sous un panneau en céramique peinte. 


Des carreaux de céramiques ornent également les derniers étages de l'immeuble et les ferronneries sont bien plus sages que pour les autres immeubles de l'architecte sur cette avenue.


Le rez-de-chaussée abrite une brasserie dont la porte présente de belles poignées Art Nouveau.


L'immeuble de gauche a une façade en briques beiges, réhaussée de liserés ocre, moins lumineuse que celle qui lui fait face. Elle a également l'année de construction gravée dans la pierre, mais cette fois-ci à l'étage.


Son originalité réside esentiellement en le travail de ferronnerie, avec de magnifiques arabesques.



lundi 20 juillet 2020

Avenue des Frères Haeghe 25, Avenue Van Cutsem 27, 28-28b, 29 Rue des Volontaires 2 et Boulevard des Déportés 30, 32 Tournai - Architectes Gustave Strauven, Félix Strauven - 1903, 1904 et 1907

Dimanche dernier, je me suis rendue pour la première fois, dans une autre ville belge que Bruxelles, riche en Art Nouveau: Tournai. Ce fut un très agréable "paseo", avec d'intéressantes découvertes. Notamment des façades ornées de sgraffites. 
J'ai réalisé sur place, alors même que j'avais préparé mon circuit, combien l'oeuvre architecturale de Gustave  y était présente. J'ai également constaté qu'il y a surtout travaillé avec son frère Félix, beaucoup moins célèbre.
Si vous associez son nom uniquement à la maison de Saint Cyrpeut-être serez-vous déçus. Ici, aucun grand oeil de boeuf ni de denses entrelacs en ferronnerie; L'oeuvre y est plus proche de la maison  Maison Van Dyck, à Bruxelles ainsi que d'autres constructions moins célèbres, notamment dans le quartier de Schaerbeek, d'où il était originaire. Nous y retrouvons cependant son amour pour l'art de la ferronnerie, mais avec un peu moins de virtuosité qu'à Bruxelles. Par contre, à Tournai, les sgraffites sont un élément est très présent, alors que l'on en trouve plus rarement sur ses constructions bruxelloises.


 Avenue des Frères Haeghe, 25

J'ignore pour quelle obscure raison la façade du rez-de-chaussée et le premier étage a été complètement massacrée et remplacée par une  construction en béton, sans aucun autre intérêt que d'offrir de plus grandes ouvertures.
Sur l'élévation publiée sur le site consacré à une exposition sur l'architecte, qui a eu lieu à Schaerbeek en 2017, la base de l'édifice est de style Art Nouveau, avec notamment un soubassement sculpté en pierre bleue, de chaque côté de la fenêtre du soupirail (qui correspondait souvent à la cuisine). Par ailleurs, un ornement faîtier à également disparu. De nos jours, seule une ouverture en demi-lune au troisième étage et les balcons aux ferronneries caractéristiques du style de Strauven permettent de situer le bâtiment dans le style Art Nouveau.
L'ensemble est construit principalement en briques rouges, comme souvent pour cet architecte, soulignées de bandes en briques ocre blanc. Le soubassement d'origine était en pierre bleue, un autre matériaux que Strauven a souvent utilisé, a disparu, comme indiqué précédemment.


Avenue Van Cutsem 27, 28-28b, 29 Rue des Volontaires 1

Cet ensemble d'habitations est absolument remarquable. Le bois, la pierre et le fer y sont admirablement travaillés, encadrant et mettant en valeur d'originaux sgraffites géométriques.
Le tout a été restauré en 2009 et est actuellement occupé, en partie, par des logements sociaux.


Ces immeubles en briques rouges, soulignées par des lignes de briques ocre blanc, ont des soubassements en pierre, comme possédait à l'origine l'édifice précédent. Ici, ils ont été heureusement conservés et, pour certaines, ils sont couronnés de sgraffites plus ou moins bien conservés/restaurés. 



Le nom des architectes et la date de construction sont gravés sur le soubassement du n°27. Malheureusement, l'ignorant, je n'ai pas pu les photographier.
Les photos sont de APEB, 2002.



L'angle de la rue des Volontairs avec l'avenue Van Custem est rompu par une tribune soutenue par des consoles croisées au dessin très caractéristique de l'oeuvre de Strauven.


Le balcon du n'° 29, repose sur de belles consoles en fer forgé.


Les portes d'entrée sont ornées de belles ferronneries et celle du n°2 rue des Volontaires a des poignées torsadées au décor Art Nouveau.




Boulevard des deportes, 34-36

Il s'agit de deux immeubles quasiment identiques, à trois travées, avec un bow-window central.
J'ai pu photographier la signature de l'architecte sur le soubassement des fenêtres du rez-de-chaussée du n°36. 
Sur cette façade également de beaux sgraffites.