dimanche 22 janvier 2023

Cité jardin de Ribes Roges, Vilanova i la Gertrú (Garraf), Catalogne (1910-1917)

De petites vacances d'hiver au soleil, dans une ville balnéaire au sud de Barcelone, que je ne connaissais pas, avec de nombreuses constructions Art Nouveau. Elles se trouvent distribuées dans deux lieux distincts, d'une part le centre ville, notamment le long de la Rambla et d'autre part, dans cette cité jardin située au bord de mer. 

Les cités jardin naissent de l'imaginaire de l'anglais William Morris vers 1890. L'idée a été reprise en Catalogne par Cebrià de Montoliu i de Togores qui devint le secrétaire de la "Sociedad Cívica Ciudad Jardín" présidée par J.Antoni Güell. C'est grâce à eux deux que le Parc Güell a été construit entre 1901 et 1914. 

A Vilanova i la Geltrú, la cité jardin de Ribes Roges est née de l'initiative de deux femmes : la première, Anna Raventós de Saurí, présidente de "1'Asil per a cecs pobres Ampar de Santa Llúcia", en eu l'idée, afin que les bénéfices reviennent à un asile pour aveugles. La deuxième, Marcel·lina Jacas dona les terrains qu'elle avait reçu en héritage de son père et de son oncle, tous les deux "indianos" ayant fait fortune aux Amérique. Un ensemble de dix "xhalets" y a été édifié, dont un pour l'évêque Laguarda, président du patronage de la fondation d'Anna Raventós. 

Plusieurs architectes furent appelés pour construire ces villas, entourées d'un jardin. Le plan d'urbanisme est l'œuvre de l'architecte municipal de la ville, Bonaventura Pollés i Vivó, qui a construit également deux villas. Le style général est plus proche de l'Art Nouveau style Sécession ou géométrique que d'œuvres modernistes typiquement catalanes. 

Xalet Doctor Ribot, architecte : Bonaventura Pollés i Vivó (1910-1911)

Il s'agit en réalité de deux constructions jumelles, imaginées pour deux familles. Chacune est couronnée par un toit pointu avec des décorations céramiques qui accentuent la triangularité de l'ensemble. Composition géométrique également reprise sur les pylônes qui encadrent les entrées, ainsi que le toit de couverture de celles-ci.


Les constructions ont été édifiées au centre du jardin, éloignées de la rue d'où elles sont en position légèrement surélevée. 
Quelques éléments sont recouverts de trencadis (mosaïques faites de brisures d'éléments céramiques). Un bénitier se trouve sur le côté d'une des entrées.



Vil·la Laguarda, architecte : Bonaventura Pollés i Vivó (1912)

Directement sur l'avenue en bord de mer, c'est la deuxième construction de l'architecte. Elle reprend et multiplie les structures triangulaires et les toits pentus, avec une tourelle centrale.
Ornée de très belles mosaïques fleuries, elle a également plusieurs éléments religieux, puisque contruite pour l'évêque de Barcelone. Elle se trouve actuellement en pleine rénovation.




Vil·la Isabel, architecte Ramon Freixe i Mallofré (1910)

Probablement la villa dont les caractéristiques architecturales sont le moins dans le style Art Nouveau, par contre, les ferronneries le sont totalement et valent, à elles seules, le détour. 


Villa Assumpció, Modest Tauler Benítez (1911)

Comme la précédente, l'ensemble n'est pas très intéressant, si ce n'est les ferronneries, ici d'un style géométrique annonçant Art Déco. 



Vil·la Argentina, architecte Josep Domènech Mansana (1911)

C'est l'architecte dont j'ai le plus apprécié l'œuvre. Et des deux constructions qu'il a fait dans cette cité jardin, celle-ci est celle que je préfère. 
A l'intérieur de l'urbanisation, composée de différents volumes cubiques, elle conjugue éléments géométriques et de petits clins d'œil mozarabes. Les mosaïques bleues et les trencadis réhaussent l'ensemble.



L'encadrement de la porte d'entrée curviligne, ornée de trencadis, contraste avec le reste de la construction.


Ouvertures sur la terrasse, de style mozarabe.



Vil·la Montserrat, architecte Josep Domènech Mansana (1911-1912)

Dans le même style architectural que la précédente, dont elle reprend bien des éléments, déclinés dans d'autre tons et matériaux.



La majorité des informations et les reproductions de dessin de cet article proviennent du document "El modernisme en l'arquitectura de Vilanova i la Geltrú" de Carme Huerta publié dans le volume 4 |de Miscel·lània penedesenca - Raco.cat, en 1981.

dimanche 27 novembre 2022

Campdevànol, Ripollès, Catalogne : Xalet (Torre) Fossas ou Casa del Mossèn Tor (1903?) (1923/1924) et Can Branques (1924), maître d'œuvre : Miquel Fossas; architecte : Antoni Coll Fort ?


Campdevànol (étymologiquement: "champ de vandales") est une petite bourgade, installée au bord de la rivière Freser, située sur le versant sud des Pyrénées. Son développement industriel a commencé au XVIIe siècle avec le fer et l'installation de nombreuse forges pour la fabrication de clous. Je m'y suis rendue en septembre dernier pour, justement, suivre une visite guidée concernant les différentes forges et usines à clous, installées anciennement dans la ville. Actuellement, quasiment toutes sont à l'abandon ou avec une autre utilisation. 

Comme à mon habitude j'en ai profité pour aller voir les exemples d'architecture Art Nouveau, au nombre de deux, concentrés sur un petite périmètre de quelques dizaines de mètres, à proximité de l'hôpital, lui aussi considéré comme "moderniste" et œuvre de l'architecte barcelonais Joan Rubió Bellver. Si ce n'est que cet architecte a à son actif une très grande liste de bâtiments Art Nouveau, j'ai beaucoup de mal à pouvoir considérer cette construction comme formant partie de ce mouvement. Je vous laisse en tirer vos propres conclusions à partir de sa photo (les édifices latéraux sont bien plus récents)

Xalet Fossas ou Casa del Mossèn Tor 

Situé au tout début de la rue Pau Casals, perpendiculaire à l'hôpital, ce bâtiment a été construit pour le Mossèn Tor. Par la suite, il a été transformé en une crèche, tenue par des religieuses. Les Carmélites ont été la dernière congrégation à occuper les lieux, qui ont été ensuite abandonnés pendant quasiment une quarantaine d'années, jusqu'à ce que l'an dernier, un groupe de bénévoles, les réhabilite et les transforme en Centre Culturel. Aujourd'hui, tout l'édifice peut se visiter et certains meubles, banals, du début du XXé siècle ont été conservés sur place. 

Il s'agit d'un édifice d'angle, composé par trois étages avec une tour comportant trois ouvertures sur chaque pan, et entouré par un jardin. Les deux façades extérieures présentent de nombreuses ouvertures en arc cintré dont certaines ont un couronnement en mosaïques. Cet élément décoratif est également repris dans une ornementation, sous les toitures en bois sculpté en pan brisé, souligné par une bande de céramiques que l'on retrouve sous les balcons. 



Une bande en mosaïques d'où "tombent" des lignes verticales en céramique, orne les poteaux du portail d'entrée.


Les balcons et balustrades sont ornées de motifs floraux.


La double porte d'entrée en bois de l'édifice présente des formes ogivales et pour celle intérieure, des décoration fleuries . Le bois est très présent dans les pièces du rez-de-chaussée. Il s'agit de très grandes plinthes, fabriquées en série et à la mode au début du XXe siècle, en Espagne.




Les fenêtres de la salle à manger, comme celles de la tour, sont ornées de vitraux colorés très simples mais qui donnent lieu à des reflets intéressants.



Tous les sols sont recouverts de carrelages hydrauliques avec différents motifs.



Can Branques 

Cette construction se trouve à quelques dizaines de mètres de la première, sur le trottoir d'en face. Elle est en très mauvais état et a probablement subit des réformes, comme l'indique la porte d'entrée à forme ogivale.


il s'agit d'un édifice de forme rectangulaire, avec des ouvertures similaires au précédent et des terrasses surélevées, dont celle surplombant l'entrée. 



Des bandes avec des carreaux de faïence céramique ornent les fenêtres, la zone sous le toit et les terrasses (où elles ont pratiquement disparues).

Le maître d'œuvre Miquel Fossas est intervenu dans ces deux constructions. Selon les publications, il en serait l'auteur, pour d'autres, ce serait l'architecte Antoni Coll Fort, qui a été l'architecte municipal de  Ripoll, Sant Joan de les Abadeses, Ribes et Campdevànol, ainsi que le conservateur du Monastère de Santa Maria de Ripoll. Il a également quelques constructions à Barcelona et alentours. Je l'ai mentionné dans mon article sur Camprodon où il a construit Can Vila.