lundi 16 août 2021

L'Illa Raspall, La Garriga, Vallès Oriental, Catalogne - Architecte et urbaniste : Manuel Joaquim Raspall i Mayol - 1010/1912

Cela fait 3 ans que je suis allée à La Garriga et que, depuis, je n'ai encore rien publié dessus. Bien que la ville soit extrêmement riche en Art Nouveau, je n'ai pas été emballée par son ambiance. Elle m'a semblé, début septembre, être une ville fantôme. Abandonnée, à l'image de ce portail rouillé. De plus, le ciel grisâtre du jour de ma visite, n'a pas aidé. 

En quelques dizaines d'années, elle semble avoir tout perdu de sa splendeur d'antan. Devenue une ville de plus de la grande banlieue de Barcelone, elle est désertée par ses habitants qui partent travailler en journée dans la grande ville. 

Je me suis donc promenée pratiquement seule dans ses rues, j'ai pu prendre autant de photos que je voulais, sans jamais être dérangée. 

En réalité, La Garriga ce sont deux villes en une, toutes deux riches en architecture Art Nouveau. La première est le centre ancien, d'origine médiévale et la deuxième, la ville thermale qui s'est développée à partir de la deuxième moitié du XIXe siècle, pour trouver son essor au début des années 1900. Sans oublier, également, à partir de 1850, le développement de "l'estiueig", c'est à dire les vacances d'été des familles bourgeoises qui fuyaient la chaleur et la pollution des nouvelles industries (notamment textiles) qui les avaient enrichies. Ce qui explique le grand nombre de villas modernistes (Art Nouveau catalan).

L'architecte Manuel Joaquim Raspall i Mayol, bien que né à Barcelone et disciple de  Domènech i Montaner o Puig i Cadafalch, a beaucoup construit dans le Vallès Oriental, province chère à son cœur, puisque sa mère était originaire de La Garriga. Il deviendra architecte municipal de cette ville et, à ce titre, participera au projet urbanistique d'agrandissement. 

Il édifiera, entre autres, un ensemble de constructions connues sous le nom de l'Illa Raspall (lîle Raspall), regroupant 4 bâtiments :  la Casa Reig ou "La Bombonera", la  Casa Barbey, la  Torre Iris et la Casa Barraquer. Ils ont été déclarés Biens Culturels d’Intérêt National en 1997.

Raspall a attribué une couleur prédominante à chacune des maisons: le vert pour la Casa Reig, le bleu pour la Casa Barraquer, le jaune pour la Torre Iris et le rose pour la Casa Barbey. Cela est très visible pour les deux premières récemment restaurées, par contre il faut vraiment le savoir pour le voir pour les deux dernières. 

La Casa Reig ou Bombonera - 1910/12

Bien moins imposante que les autres, c'est de loin ma préférée. Peut-être parce qu'elle a été bien restaurée, qu'elle semble pleine de vie et n'a pas l'allure d'un vieux palace tout décrépit comme la Torre Iris ou la Casa Barbey.

Elle a été commandée par Cecilia Reig, également propriétaire et commanditaire de la Torre Iris, voisine. Elle la destinait à la location des barcelonais venus en villégiature d'été, "l'estiueig". En fait, grand nombre des bâtiments modernistes catalans sont appelés "Torres" (tour) car la majorité avait effectivement une tour bâtie probablement pour montrer le pouvoir économique des familles y habitant. C'est le cas de la Casa Reig, mais ici, ce terme ne sera pas utilisé. Peut-être pour différencier la "simple" maison de location de la véritable habitation de villégiature des propriétaires ou tout simplement, parce qu'elle n'a été rajoutée plus tardivement, en 1912, par l'architecte. 

Son surnom "La Bombonera" veut dire en espagnol : petite habitation agréablement décorée. Son sens premier étant "boîte à bonbons". 

Le choix de l'architecte pour le vert est extrêmement visible, puisque non seulement les céramiques d'origine et les sgraffites sont de cette couleur, mais toutes les huisseries ont été repeintes en vert. Cette tonalité se retrouve également à l'intérieur, aussi bien sur les murs que pour les carrelages et vitraux.


L'architecte Raspall, en plus d'architecte et urbaniste était également designer. Comme cela peut se sentir déjà dans les détails extérieur, comme le lampadaire de l'entrée, les fleurs céramiques, le numéro de la maison et le bouton de sonnette. 



L'abondance des fleurs en céramique n'est pas sans rappeler l'usage qu'en faisait un des maîtres de l'architecte, le grand Domènech  i Montaner, notamment pour le Palau de la Música Catalana.

La villa a été mise en vente en 2018, pour 780.000 euros. A cette occasion, l'agence a réalisé une  vidéo (ICI) qui permet d'en découvrir l'intérieur. 

La Casa Barraquer - 1912

C'est la plus tardive et la plus simple des 4. Avec un style qui s'éloigne du modernisme vers le noucentisme qui chez Raspall se caractérise par un style moins recherché et plus strict.

Ici, seule une ligne de carreaux bleus et blancs, ainsi que des sgraffites bleus ornent la façade. Le plan est rectangulaire, avec une terrasse et une tour latérales ainsi qu'une toiture à deux plans.



Le travail du fer forgé des grilles est plus simple également, avec juste quelques rares éléments floraux et en "coup de fouet". 

Torre Iris - 1910

Construite pour Cecília Reig (comme "La Bombenera"), dans le but d'être louée à des estivants. Il s'agit en réalité, pour cette construction, de deux logements distincts reliés par un escalier, formants deux habitations séparées. 




Ici, la couleur choisie est le jaune, malheureusement, elle a mal vieillie, donnant un aspect beigeâtre et sale, à l'ensemble. Il est a souhaité que l'ensemble puisse être rénové comme les deux constructions précédentes; 


C'est le plus Art Nouveau des 4 édifices de "l'illa Raspall". La fenêtre en demi cercle du troisième étage donne le ton, ainsi que le balcon triangulaire, orné sur le dessus par un "trencadis" et entourée de sgraffites, dans les tonalités ocre.



Les grilles et balustrades reprennent des motifs floraux et en "coup de fouet", y compris pour les petites lucarnes des soupiraux.


Les bordures des fenêtres et du mur d'enceinte sont soulignées par des frises de céramiques jaunes. Les portes sont également peintes également de cette couleur. 


La casa Barbey 

C'est la plus imposante et ornementée des 4 constructions. Il s'agit d'une immense villa bâtie pour Juli Barbey i Poinsard, député, qui voulait avoir une très grande maison de l'architecte le plus coté de La Garriga. 



Ici, la couleur prédominante est censé être le rose, qui est encore présent sur les murs extérieurs délavés par le temps. C'est moins concluant pour les différents décors mosaïques, les céramiques et les sgraffites qui décorent la maison, bien plus colorés que pour les 3 précédentes.



L'élément décoratif remarquable qui orne la façade principale de la villa est, sans doute aucun, l'immense mosaïque de Lluís Bru i Salelles, représentant Saint Georges (patron de la Catalogne) terrassant le dragon.



Ce même mosaïste est l'auteur du cadran solaire de la façade côté jardin. Et probablement celui des nombreuses décorations de la façade et du mur qui entoure la propriété.




Ici, comme pour la Torre Iris, des éléments clairement "Art Nouveau" et un travail remarquable des ferronneries.




samedi 24 juillet 2021

Complexe scolaire de Linthout. Anciennes écoles N° 11 et N° 13 Avenue de Roodebeek 59-61, 103 Schaerbeek - architecte : Henri Jacobs - 1913 et 1922

J'ai écrit en début d'année un premier article sur Henri Jacobs. J'avais été très intéressée - peut-être parce que j'ai été enseignante -, par le fait que l'architecte a consacré une grande partie de son œuvre à la construction de complexes scolaires; regroupant souvent plusieurs types d'établissements.  Il a réalisé quelques 15 ensembles scolaires à Bruxelles, financés par des institutions publiques et construits avec des matériaux industriels peu onéreux, tout en y association de nombreux éléments décoratifs propres de l'Art Nouveau, comme des mosaïques, des ferronneries, des vitraux, des sgraffites, … 

Ce complexe est la seconde grande réalisation de Jacobs à Schaerbeek, après l'ensemble scolaire de la rue Josaphat, réalisé entre 1901-1905 et dont je parle dans mon précédent article.


"L’école, c’est par excellence le lieu familier de l’enfant, et plus cet endroit sera clair et beau et plus l’enfant y développera son cerveau dans des conditions harmonieuses.

Homme plus tard, il voudra retrouver dans son foyer et dans les monuments de son pays la même beauté, la même clarté et la même harmonie " 

 Citation attribuée à Henri Jacobs, 1924

Rue Josaphat,  je n'avais pu voir que des façades. Cette fois-ci, j'ai eu la chance de pouvoir visiter les intérieurs des écoles N°11 et 13, et d'en prendre autant de photos que je voulais, en toute tranquillité, grâce aux Foires d'objets et salon des restaurateurs qui y avaient lieu, dans le cadre du BANAD. Et j'ai pu également acheter quelques livres intéressants dont une monographie et catalogue raisonné sur l'architecte Ernest Blérot, converser avec son auteur et avoir mon exemplaire dédicacé. Autant dire que je garde un excellent souvenir de cette visite.

L'entrée se faisait par le n°13 et la sortie par le 11, donc dans le sens de la chronologie de la construction -  dates de construction = 1913 : école communale no 13 (pour garçons) et 1922 : école communale no 11 (pour filles) - . 

Dans les deux cas, il y a un immense hall d'entrée ou préau couvert, éclairé par une verrière avec des vitraux à motifs géométriques et des grandes baies; au fond deux grandes scènes de Maurice Langaskenset de Privat-Livemon, peintes sur toile marouflée et au-dessus de la porte d'entrée, côté cour des carreaux mosaïques et à l'intérieur, des sgraffites floraux (au n°11 des roses Mackintosh). 

Peintures et sgraffites : 



L'immense peinture qui s'étale sur le mur du fond du préau de l'école n°13 est de facture symboliste, œuvre du peintre Maurice Langaskens. Elle se compose de trois parties correspondant à « les Contes de l'ancêtre », « l'Étude » et  « les Bergers étudiant les étoiles », exaltant l'enseignement de la beauté à la jeunesse. Une bordure peinte donne l'illusion d'une tapisserie.
Ce peintre fut choisi suite à un concours auquel ont également participé des peintres plus connus et rattachés au mouvement Art Nouveau, comme Privat-Livemont ou Adolphe Crespin.  



Au n°11, après guerre, c'est le projet de Privat-Livemont qui est choisi par la Commission des Beaux-arts de Schaerbeek , au grand dam de M. Langaskens qui y voyait la possibilité d'une continuité dans son œuvre. 
Cependant, Privat-Livemont reste dans une continuité thématique, puisque les deux parties latérales, s'intitulent « L’étude et le Travail » et « La Première éducation ». Celle centrale représente un écusson avec le lion belge, porté par des angelots. Le style est Art Nouveau, combinant motifs floraux et féminins. Il reprend l'idée d'une bordure faisant penser à une tapisserie.
Juste en face, au-dessus de l'entrée, il y a un sgraffite avec des roses Mackintosh, dont je n'ai pas trouvé l'auteur. 


Mosaïques :

Au sol du préau couvert de l'école n°13, il y a plusieurs types de mosaïques. En bordure, des motifs géométriques annonceurs de l'Art Déco.










Au milieu, une rose des vents.


Dans le couloir d'entrée de l'école n°11, il y a une autre bordure en  mosaïque, avec des motifs réalistes totalement différents. Il s'agit des médaillons avec des représentations de jeux d'enfants et d'animaux à roulettes. 



Au-dessus des différentes portes menant à la direction et au logement de la concierge, des sgraffites avec des indications écrites et au-dessus, une frise peinte de Privat-Livemont.



Dans ce même couloir, il reste vitraux.


D'autres éléments architecturaux intéressants sont les entourages des portes en pierre sculptée.



Les escaliers, avec des pavés vitrés pour les entre-marches et des rambardes en fer forgé et en bois.


Dans le préau couvert de l'école n°11, des appliques en fer forgé.


Dans les différentes cours quelques sgraffites en très mauvais état, des éléments en céramique et en pierre sculptée;



Beaucoup d'éléments sont en train mauvais état de conservation et un travail de restauration serait plus qu'opportun.