lundi 13 avril 2020

Villa Bon Abri, 7, rue Boucher-de-Perthes, Mers-les-Bains - architecte: Théophile Bourgeois - 1901 et 1904

Il y a de cela presque 9 ans, en juillet 2011, j'ai passé tout un après-midi à parcourir euphorique, les rues de Mers-les-bains, allant de découverte en découverte. A l'époque, je m'étais surtout intéressée à l'architecture d'Edouard Niermans, dont une villa dont il était peut-être l'auteur, avait été détruite, non loin d'où j'habite. Villa qui avait des éléments céramiques de Janin et Guérineau, semblables à celles de trois villas de Mers. Mais, même si mon intérêt avait surtout été porté vers les œuvres de Niermans, j'avais pris de nombreuses photos, d'autres villas Art Nouveau, dont la Villa Bon Abri, que j'avais bien identifiée à l'époque comme oeuvre de Théophile Bourgeois.
Il a fallu qu'aujourd'hui, le message d'une personne qui venait de découvrir mon blog et qui travaille sur l'oeuvre de cet architecte, fasse revenir à ma mémoire, cet après-midi à Mers et retrouver les photos prises à l'époque.


La rue Boucher-de-Perthes, où elle se trouve, comporte plusieurs villas intéressantes, avec certains éléments ou totalement de style Art Nouveau, dont deux autres constructions jumelles de Niermans : les Villa Hélèna et Villa Jan.
Lorsque l'été dernier, j'avais été à Poissy, pour y photographier les constructions de Théophile Bourgeois et ensuite écrire un article, j'avais bien remarqué qu'il avait été également l'architecte de nombreuses villas dans des villes balnéaires normandes, sans me souvenir de la villa Bon Abri de Mers-les-Bains. Par ailleurs, bien qu'ayant consulté les cent planches de l'ouvrage La Villa Moderne, je n'avais pas pu trouver trace de cette villa, puisqu'elle n'y est pas mentionnée.
Grâce au lecteur qui m'a contactée aujourd'hui, j'ai pu prendre connaissance d'un article de la Tribune des Arts, tout récent, consacré à l'architecte et qui mentionne la villa et dont je reprends quelques éléments
Lors de ma visite, il y donc maintenant presque une décade, j'avais surtout été attirée par les balustrades en bois au design complètement atypique, représentant des têtes de canards ou de cygnes, qui ornent le bow-window du premier étage ainsi que les balcons des deux étages supérieurs .


Les ferronneries en "coup de fouet" des porches d'entrée de la villa sont absolument remarquables et ne sont pas sans rappeler des portes d'entrée des 3 villas de Poissy.


En lisant l'article de la tribune,  je réalise que j'ai très probablement pu attribuer, dans mes archives, cette villa à Théophile Bourgeois, grâce à sa mention dans le blog, aujourd'hui disparu "Paris 1900", du "Mateur de Nouilles", dont j'ai souvent parlé ici. Il y qualifiait la villa Bon Abri de « fleuron de l’Art Nouveau balnéaire, dans une déclinaison à la fois modeste, par les moyens mis en œuvre, et joliment prétentieuse, par une amusante accumulation de détails aux proportions très exagérées »

samedi 11 avril 2020

Eglise Sainte-Marguerite, place de l'Eglise, Le Vésinet, Yvelines - chapelles et le déambulatoire: peintures de Maurice Denis et vitraux d'Henri Carot - 1901/03

Il y a un peu plus d'un an, en février 2019, j'ai visité l'intérieur de cette église où le peintre nabi Maurice Denis a décoré deux chapelles et le déambulatoire, avec des peintures, mais aussi de magnifiques vitraux. Le style est tout à fait Art Nouveau.comme c'est le cas également, de certaines œuvres de l'artiste présentes dans sa maison dite "le Prieuré" de Saint Germain-en-Laye. 
Plusieurs de ces œuvres ont dû être restaurées suite à un incendie survenu en 2009.
Le secteur du Vésinet correspondait à une ancienne forêt faisant partie du domaine royal, elle avait été divisée en communes à la Révolution, puis a fait l'objet d'un plan d’urbanisation mené par la société Pallu, dans le but de créer une ville nouvelle, divisée en lotissements, entre de nombreux espaces verts aménagés. Alphonse Pallu, directeur de la société a choisi, sur concours, l’architecte Louis-Auguste Boileau ainsi que l’entrepreneur François Coignet pour construire une église en béton armé.


La chapelle de la Vierge, huile sur toiles marouflées et vitraux:

Cette chapelle est ornée de peintures réalisées dans des tons clairs. Elle présente les épisodes de la vie terrestre de Marie, ainsi que son Assomption au ciel parmi les anges musiciens.

 




Les vitraux représentant la visitation et annonciation.


 La chapelle du Sacré-Cœur, huile sur toiles marouflées et vitraux:






















Vitraux du déambulatoire:

La Fontaine de vie, 1901




La Vraie Vigne, 1901



lundi 9 mars 2020

Art Nouveau à Perpignan, quartiers des boulevards Wilson et Clemenceau.

La semaine dernière, j'étais à Perpignan, pour vivre l'ambiance de cette ville catalane du Nord lors du grand rassemblement des catalans du Sud du 29 février. Enfant, c'était une ville où j'allais souvent avec ma mère, mais je n'en gardais aucun souvenir. J'ai été séduite par son caractère catalan, très présent dans l'architecture de la vieille ville et j'ai été surprise de découvrir autant d'exemples, très originaux, d'architecture Art Nouveau dont je présenterai quelques exemples dans cet article. Je dois grand nombre d'informations que je partagerai à ce livre d'Esteban Castañer Muñoz, professeur d’Histoire de l’Art Contemporain à l’Université de Perpignan Via Domitia, intitulé : Modernité et identité dans l'urbanisme et dans l'architecture à Perpignan (1848-1939), aux éditions Trabucaire, publié en 2014.

L'arrivée du chemin de fer à Perpignan, en 1858, marque un tournant dans la ville. Le déclassement de la ville en 1901, qui était jusqu'alors une place forte militaire, entraîne la destruction d'une partie des remparts en 1904 et impulse l'agrandissement du tissu urbain vers le nord autour de l'actuel boulevard Wilson et celui de Clemenceau.

C'est ainsi que l'Art Nouveau perpignanais est tardif, par rapport au reste de la France, puisque présent dans des constructions qui s'intègrent dans le tout nouveau tissu urbain. Elles datent principalement de la période juste avant guerre et pour peu d'entre elles, après-guerre, avec un mélange entre Art Nouveau et Art Déco.

Vous trouverez ci-dessous quelques exemples de l'architecture Art Nouveau de la ville, classés par architecte, lorsque j'ai pu en trouver l'attribution.

Eugène Montès : 

Elève de Petersen, qui tenait un des grands cabinets d'architectes de Perpignan, depuis 1880: "le cabinet de Dorph-Petersen, durant cette longue période, était devenu la véritable école du bâtiment catalan". Montès a obtenu sa patente d'architecte en 1910 et son style est éclectique avec un mélange d'apports du 19è siècle et d'Art Nouveau

Le cinéma Le Castillet






Situé à l'angle de la place de la Victoire et du boulevard Wilson, datant de 1911, c'est le premier cinéma de la ville et un des premiers de France. Oeuvre d'Eugène Montès, Ici, il s'est associé avec le sculpteur Auguste Guénot auteur des frises florales et décors animaliers.  Les façades  et toitures, y compris la marquise qui couvre l'entrée (Boulevard  Wilson), sont inscrites à l'inventaire supplémentaire des Monuments Historiques.






Patinoire:

Juste à côté du cinéma, se trouvait la patinoire, avec sculptures Art Nouveau.



Hôtel Sisquelle:

Situé au 14 du boulevard Wilson, datant de 1917, c'est probablement la construction de l'architecte qui, surtout au niveau des éléments décoratifs, bien plus qu'architecturalement, se rapproche de l'Art Nouveau. La structure de l'édifice tient de l'ordonnancement d'un immeuble bourgeois du début du siècle qui est le support d'un décor sur le thème du pin, fort commun parmi les décors végétaux de l'Art Nouveau. Il est sculpté sous la console du bow-window, autour du visage de femme qui orne le haut de la porte d'entrée et sur une frise polychrome qui court sur la partie supérieur de l'édifice.





Une curieuse couronne de lauriers  sculptée surplombe l'ensemble. 


Henry Sicart : 

Architecte atypique, au parcours plus empirique qu'académique, s'étant formé auprès d'architectes plutôt que dans des écoles des Beaux-Arts, ses constructions ont de nombreux éléments Art Nouveau, avec quelques touches médiévalisantes.

Hôtel Vilar:

Situé au 7 boulevard Wilson. il s'agit d'une commande pour Henri Vilar, réalisée en 1912.


Immeuble d'angle, construit en pierre et brique, recouvert d'ardoise, ce qui lui donne un petit air  élégant d'hôtel particulier bourgeois parisien, il est orné de nombreux éléments végétaux, représentant notamment des feuilles de chardon, style Art Nouveau.




L'architecte est un des rares à signer ses œuvres avec une calligraphie Art Nouveau sur certains de ses édifices.

Immeuble Carbonell

Il se trouve un peu plus loin, après la rue Bartissol, au n°9 du boulevard. Plus tardif, il date de 1920-26. D'allure néo-gothique, il mélange, comme dans la construction précédente, la pierre et la brique et intègre dans sa composite de nombreuses ouvertures en arc-brisé.


Il compte 4 travées, dont une occupée par un bow-window. L'ensemble est parcouru au sommet par un "trencadis" plutôt monochrome qui ressemble un peu aux célèbres mosaïques faites de céramiques "cassées" (trencat en catalan) du grand architecte catalan Antoni Gaudi.




Immeuble, 13 rue Jeanne d'Arc

Cette rue est parallèle au boulevard Wilson et, à la même hauteur que les constructions précédentes, il y a plusieurs édifices intéressants. L'un d'eux est cet immeuble, encore une fois, alliant pierre et brique, avec un porche d'entrée imposant et des balcons en fer forgé Art Déco. Plus aucun élément clairement Art Nouveau n'est visible alors que la construction date de 1914.



Immeuble 10 boulevard Clemenceau

L'architecte en est, comme l'atteste la signature, Henry Sicart. Pourtant, cet immeuble de rapport n'est mentionné sur aucun des nombreux documents que j'ai pu consulter.

Stylistiquement, il s'agit d'une construction de couleur monochrome, dont le pourtour des fenêtres est ornée de raisins et feuilles de vignes sculptés et où les balcons montrent des balustrades en grès céramiques qui font penser, en plus grossiers, aux mêmes éléments chez des céramistes comme Alexandre Bigot ou Gentil&Bourdet. Je reviendrai sur ce point un peu plus bas, lorsque je parlerai de l'oeuvre du cabinet Trénet.






Cabinet Trénet :

Ce cabinet fut le lieu de rencontre et d'échange de nombreux architectes de la ville, entre 1909 et 1920. Installé par Claudius Trénet, son fils louis y collabora très tôt et partagea certaines constructions avec son père.

Maison de l'Américaine, 13 boulevard Wilson:

Elle est l'oeuvre de Claudius, mais son fils y a participé. Datant de 1909, de conception éclectique, L'immeuble fit l'objet de trois projets successifs, le deuxième datant de 1908 - dont il nous reste une élévation colorée-, notamment avec la travée d'angle, comportant une ouverture tripartite en arc outrepassé, autour de laquelle s'articule toute la construction, est celui le plus proche de l'esprit Art Nouveau. 


Malheureusement, ce fut le troisième projet, plus sobre, datant de 1909, qui a été retenu. Dans celui-ci, il n'est plus question de polychromie et de mélange de matériau, l'ouverture d'angle en arc outre-passé est remplacée par une ouverture rectangulaire. Restent la porte et une fenêtre en arc-de-cercle qui gardent uns structure tripartite beaucoup plus sage.




 Un dessin montre que le vestibule d'entrée est ornée par un beau vitrail Art nouveau et reprend quelques éléments en fer forgé du même style, comme pour le porche d'entrée.


Tout le haut de l'immeuble est orné par des sculptures en grès flammé, qui ressemblent étrangement aux cartouches avec des roses, d'Alexandre Bigot, sauf qu'ici, il s'agit d'une autre fleur. Je me suis beaucoup interrogée sur ces ressemblances. J'ai peut-être trouvé une piste: le cabinet de Dorph-Petersen, auquel appartenait notamment Eugène Montès, a été l'agent régional du cabinet Hennebique pour les constructions en béton. L'ingénieur a travaillé avec Alexandre Bigot, notamment pour l'ornementation de son premier immeuble en béton armé. Il est donc possible d'un catalogue des céramiques de Bigot ait circulé dans les cercles d'architectes de Perpignan et qu'un céramiste local s'en soit inspiré.


Immeuble 11, rue Jeanne-d’Arc

Cette construction, qui date de 1924, a des petits airs de "maison américaine", mais avec des éléments plus proche de l'Art Déco et moins stylée. 




Louis Trénet:
Immeuble 9, cours Lazare-Escarguel (1926) e


Deux exemples architecturaux avec des éléments de décoration sous la corniche qui ne sont pas sans rappeler le Liberty italien ou certains sgraffites du Modernisme catalan du sud.







Édouard Mas-Chancel

 16, rue Jeanne-d’Arc : hôtel Foxonet

Cet architecte sera le représentant de architecture régionale. Ces constructions allient des matériaux locaux traditionnels comme les galets, la terre cuite,  et la tuile un style néo-roman et des éléments de l'architecture contemporaine, en l’occurrence Art Déco ou comme ici, dans le cas des ferronneries de la porte d'entrée, Art Nouveau tardif. L’édifice date de 1933.




Construction sans attribution d'architecte:

Au n° 6 du cours Lazare-Escarguel un petit immeuble présente des ferronneries d'inspiration Art Nouveau sur les balcons et rambardes de fenêtres.




Loin des boulevards, de l'autre côté de La Basse, sur l'Avenue du Palais des Expositions, un immeuble fort curieux, daté de 1931 avec des éléments Art Nouveau géométrique et Art Déco.