samedi 29 décembre 2018

« Le Temple du Moi », Villa Khnopff, 41 Avenue des Courses, Ixelles , architecte Edouard Pelseneer - 1900/02-, dans l'exposition Fernand Khnopff : Le maître de l’énigme du 11 décembre 2018 au 17 mars 2019 au Petit Palais, Paris

Hier, jour de mon anniversaire, j'ai vu l’exposition consacrée à mon peintre préféré: Fernand Khnopff. 

Il y a 40 ans, jeune étudiante en Histoire de l'Art et Archéologie, fraîchement arrivée à Paris, je découvrais l’exposition la plus merveilleuse et envoûtante qu'il m'ait jamais été donné de voir et de vivre de toute ma vie. Organisée par le Musée des Arts Décoratifs et dédiée à Fernand Khnopff. elle reprenait le décor et l’atmosphère de sa maison atelier "qui essaie de dissoudre silencieusement la frontière entre réel et rêve ".J'en ai gardé un souvenir resté intact toutes ces années, dont j'ai souvent parlé comme d'une expérience muséale absolument unique et que j'ai retrouvée, mais en bien moindre mesure dans cette nouvelle exposition organisée au Petit Palais. Dans la première, chaque salle avait un bouquet de fleurs et était parfumée à l’encens, une musique wagnérienne était diffusée en sourdine: tout était feutré, calme. C'était une récréation claire de l'univers de l'artiste et du parcours symbolique de sa demeure. Dans l'expositions actuelle, l'idée de nous faire entrer dans l'univers de Khnopff, non seulement à travers ses œuvres, mais également grâce à une allégorie de sa maison atelier, est bien présente, mais, à mon sens, pas aussi bien réussie et moins fascinante. J'y ai cependant découvert des éléments absents de la première rétrospective, liés à l'architecture et plans de sa demeure.

Dès le départ, sommes accueilli.e.s par une immense reproduction du tableau " Portrait de Marguerite Khnopff " (sœur et muse de l'artiste), datant de 1887, qui s'intègre à merveille dans le décor du Petit Palais.


L'exposition à proprement parler, commence par un portail en fer forgé, typiquement Art Nouveau. Il s'agit de al reproduction de celui qui ouvrait sur le petit jardin entourant la maison que Khnopff avait fait bâtir au 41, avenue des Courses, à Ixelles, Bruxelles, entre 1900 et 1902. La façade de la maison, s'ornait un petit oculus décoré d'un monogramme, en fer forgé, avec ses initiales. L'architecte, Edouard Pelseneer, est l'auteur de la maison des Hiboux (1895), qui fascinait l'artiste symboliste. Malheureusement, même pas 40 ans après sa construction, elle a été détruite en 1938, suite à des problèmes de succession.



L’exposition me semble essayer de suivre un parcours à la fois chronologique et thématique, puisqu'elle débute avec les paysages du Fosset, propres des vacances familiales à Bruxelles, tout en entremêlant des sujets, obsessions, techniques propres à son oeuvre (comme les portraits, la figure omniprésente de sa sœur, l'utilisation de la photographie, la sculpture, ses contacts, avec les préraphaélites, ...) et mettant l'ensemble en scène, dans un décor qui rappelle celui de sa maison-atelier, avec une prédominance du bleu indigo, du noir et du doré. Nous y pénétrons, du reste, par le portail décrit ci-dessus et entrons immédiatement dans une salle où trône, sur la gauche une étrange composition, décrite par Hélène Laillet, visiteuse de la demeure, dans une publication datant de 1912 "Si vous êtes assez chanceux pour être admis à l'intérieur, le serviteur ouvre silencieusement la porte et vous montre une antichambre entièrement décorée en blanc, avec des murs de stuc poli. Dans une position de fierté, un superbe paon indien empaillé surveille l'endroit du coin de son œil : il est le gardien de cette hautaine et austère demeure ". 


Dommage que cela résulte en un itinéraire quelque peu confus, pour qui ne connait pas l'oeuvre de Khnopff, ce qui doit être le cas, tout de même, d'un très grand nombre de personnes. Moi-même, j'ai eu un peu de mal à m'y retrouver voyant, par exemple, tout à coup, surgir une oeuvre contemporaine (en demeurant magnifique): une photographie indigo de Hiroshi Sugimoto. 


Ou en découvrant des œuvres d'autres artistes symboliques, comme une sculpture de Franz von Stuck qui appartenait à Knopff, ou des fac-similés des écrivains Joséphin Péladan ( fondateur de l'ordre kabbalistique de la Rose-Croix) ou de Pol de Mont, ou des oeuvres d'artistes préraphaélites, présentées de manière peu claire et obligeant à la lecture de fiches, pour essayer de comprendre les liens entre les uns et les autres. 

 Afin de rappeler les diffuseurs de parfum présents dans sa maison-atelier, sans recréer la poésie et la beauté des somptueux bouquets de fleurs de l'exposition de 1979, quatre bornes audio-olfactives, ont été installées, mais peuvent parfaitement passer inaperçues (de fait, j'ai vu très peu de personnes s'y intéresser). Grâce à elles, il est possible, après avoir appuyé sur un bouton, de sentir  un  parfum  et  d'entendre, simultanément,  une  musique  et  un  poème contemporains des œuvres.



Au milieu de l'exposition, un « salon symboliste » avec la possibilité de feuilleter des livres sur Fernand Khnopff, le symbolisme et d'autres thématiques de l'époque, accueille également les personnes qui souhaitent reproduire certaines de ses œuvres. 



Khnopff, artiste complet, était également critique d'art, poète, sculpteur et a réalisé lui-même les encadrements de nombre de ses tableaux. 


En ce sens, son oeuvre me semble très liée à l'Art Nouveau, non seulement par sa maison-atelier, mais également par son univers. J'attends de découvrir de nouvelles expositions et des études, analysant les nombreuses relations entre Symbolisme et Art Nouveau. 

3 commentaires:

manouche a dit…

L’œil de bœuf , fantaisie architecturale, rêve d'horizons marins...

Classicdriver a dit…

Un petit commentaire pour vous remercier chaleureusement de nous distiller au gré de vos articles tous ces petits plaisirs de la passion commune des abonnés de votre site. A la manière des céramiques Gentil & Bourdet sur les façades, vos articles réhaussent en couleur notre quotidien.
Merci de partager avec tous vos connaissances, voyages et découvertes !

Eli a dit…

Merci à vous. Ce sont les appréciations, comme la vôtre, qui donnent du sens à mes partages.
Très belle Année 2019 !