samedi 10 août 2019

Avenue Foch, Quartier Impérial, Metz : Jugendstil et éclectisme

Il y a quelques semaines, je suis partie à Metz, pour un "paseo Art Nouveau", avec quelques adresses de bâtiments à voir, même pas une dizaine, glanées ici et là sur le Net, dont l'extraordinaire gare, qui dès l'arrivée nous plonge dans une architecture Jugendstil très éclectique.
Éclectisme que l'on retrouve tout au long de l'avenue Foch, proche de la gare et qui, comme elle, fait partie du quartier dit "Impérial". Seul un immeuble, La Villa Wildenberger, appartient totalement au Jugendstil, mais bien d'autres en ont certains éléments, là une grille, ici une sculpture, plus loin une porte. J'avoue m'être "régalée" et avoir parcouru l'avenue allant d'émerveillement en émerveillement.
Les raisons de cet éclectisme sont, évidemment historiques. Suite à son Annexion à l’Empire allemand, Metz fait l'objet de deux grands plans d'urbanisme, l'un de 1899, avec une vision haussmannienne, dû à l’architecte-urbaniste, Conrad Wahn et l'autre de 1902, plus créatif. 
La ville se divise ainsi clairement en deux: la vieille ville, que j'ai visité en dernier et la nouvelle ville ou Neustadt, celle du nouvel urbanisme, où se trouve la très grande majorité de bâtiments Art Nouveau. 


L'avenue Foch, pensée comme faisant partie d'un anneau qui encerclerait la ville, est elle aussi divisée en deux par une très grande allée centrale fleurie ainsi que du point de vue des constructions avec côté pair, des villas ou des constructions de taille moyenne et côté impair de grands immeubles résidentiels.
Je présenterai ici d'abord les éléments Art Nouveau des édifices côté pair, puis des grands bâtiments côté impair en remontant l'artère par ordre décroissant des n°.


La villa au n°46, datant de 1911, est d'un architecte italien, Joseph Runcio, originaire de Messine, qui opta ensuite pour la nationalité allemande. Il est auteur de plusieurs constructions pour lesquelles, dans certains cas, il intègre des éléments Art Nouveau, Jugendstil et Liberty. 


La construction en elle-même est plutôt robuste. Ce sont les détails des ferronneries, ainsi que ceux sculptés sur la façade, tout comme la rambarde au sommet de la tourelle dominant l'édifice qui indiquent, avec parcimonie, un Art Nouveau tardif. Il semblerait également qu'il y ait à l'intérieur des vitraux fleuris. 


En remontant l'avenue, vont suivre plusieurs des immeubles moyens sans grand intérêt, jusqu'à arriver au n°22 où se dresse la villa Burger, dite Salomon dont le style pourrait se rapprocher d'un néo-alsacien. Datée de 1903/04, elle est l'oeuvre de l’architecte Eduard-Hermann Heppe.


Deux éléments Art Nouveau y sont présents: un magnifique vitrail qui orne le bow-window où sont représentés un soleil et des tournesols ainsi la grille d'entrée en fer forgé, très originale.




 L'édifice le plus célèbre, situé au n°16, date de 1903. Il s'agit de la villa Wildenberger. Mitoyenne avec la villa Wahn (nº18), de style néo-Renaissance, de Conrad Wahn, l'architecte-urbaniste chargé du premier plan d'urbanisme de la Nouvelle Ville. Cette dernière est de style néo-renaissance, avec une belle grille en fer forgé, ornée de fleurs.



L'architecte du n°16 est Karl Griebel, d’origine allemande, dont c'est apparemment la seule oeuvre connue de ce style. La façade est très originale, avec un mélange d'Art Nouveau floral avec quelques courbes et de Jugendstil, plus stylisé, voire de sécessionnisme avec les visages de femmes aux traits anguleux, cheveux raides et coiffe fleurie.


 
Le côté impair de l'avenue est donc constitué par de grands immeubles de rapport, certains avec des sculptures fort intéressantes, qui peuvent parfois se rattacher à l'Art Nouveau et qui souvent m'ont fait sourire, car j'y ai senti une pointe d'humour. Certaines représentations m'ont beaucoup fait penser à l'oeuvre de architecte moderniste catalan Josep Puig i Cadafalch qui s'est inspiré beaucoup du gothique et dont les constructions regorgent de détails sculptés rappelant ceux des églises de Moyen-Age. 
Ici aussi, je remonterai l'avenue en suivant la numérotation par ordre décroissant. Les sculptures du premier immeuble à avoir retenu mon attention sont celles du n° 31-29. Notamment celle d'une d'un visage de femme ornant un arc fleuri au somme de deux édifices jumeaux. Originellement maison de commerce des frères Lazard, marchands de chevaux, elle est l'oeuvre des architectes Karl Ardnt et Albert Kutzner et date de 1905-06.


La suit, au n°27, également de Karl Arndt et Albert Kutzner, une construction de 1908, lamentablement défigurée par le commerce qui l'occupe actuellement, où les détails m'ont vraiment fait penser à ceux que l'on trouve sur les chapiteaux de bien des églises médiévales. Notamment celles d'un diable et de deux moines.



Au n°23, l'hôtel Royal est l'édifice de l'avenue, avec la villa Wildenberger, le plus souvent associé à l'Art Nouveau. Pourtant, contrairement à la villa, peu sont les éléments ornant cette imposante construction, d'un éclectisme flirtant entre l’haussmannien et le néoroman, qui peuvent vraiment y correspondre. Inauguré en 1905, le nom des architectes  Hermann Billing et Wilhelm Vittali, a été gravé (puis martelé à la délivrance de Metz en 1918) sur le côté droit du porche d'entrée recouvert d'une magnifique marquise.



Les éléments Art Nouveau sont l'arc fleuri au-dessus de l'entrée, avec au centre le nom de l'hôtel et les baies avec des vitraux.

 



Petite curiosité, une sculpture en bas relief d'un dragon sous le bow-window de la façade principale.


Le n°19, oeuvre des architectes Karl Arndt et Albert Kutzner, n'a pas une façade extraordinaire du point vu architectural mais, comme ce sera le cas du n°9, comporte une frise avec des sculptures de très belle factures, dont notamment de beaux visages certains portant des casques ailés, d'autres avec des cheveux ondulants ornés de fleurs et de feuilles de marronniers,  ainsi qu'un visage barbu.




Et entre chaque, des cartouches fleuris.



Lorsque j'ai vu, depuis le trottoir d'en face, le n°11, j'ai immédiatement pensé au Liberty italien. Effectivement, cet immeuble est dû à l'architecte d'origine italienne, Joseph Runcio, que j'ai déjà évoqué pour le n°46.


Il s'agit de la commande d'un maître-peintre, R. Jensen, commencée en 1905 et finie en 1906. La profession du propriétaire est représenté par un palette et un trépied sculptés au-dessus d'une des entrées, aujourd'hui recouverte par un rideau de fer hideux.


L'autre porte, heureusement bien préservée, en bois sculpté avec des motifs floraux ainsi que deux masques de diablotins aujourd'hui peinte d'un bleu lumineux, est également surmontée par une sculpture, cette fois-ci représentant des fleurs.


La façade est de style néo-gothique, avec un bow-window central et des balcons décalés. Seul le somment, en-dessous de la toiture est peint avec des motifs floraux et rappelle le Liberty italien.



Le n°9 mitoyen m'a valu de longues minutes d'observation et de découvertes tellement la façade fourmille de détails sculptés plus surprenants les uns que les autres.


C'est une façade imposante, en pierre de Jaumont, ocre jaune, construite dans un style néo-roman, par Karl Arndt et Albert Kutzner, les mêmes architectes que les n° 27, 29 et 31 de l'avenue..
L'entourage des portes d'entrées, et tout le rez-de-chaussée, ainsi que le soubassement des balcons, présentent quantité de sculptures, avec des sujets extrêmement variés.
Les deux piliers de chaque côté de la porte d'entrée principale représentent une scène d'un chevalier luttant contre un dragon, qui n'est pas sans me rappeler le San Jordi catalan, tellement représenté dans le modernisme catalan. La scène repose sur un visage solaire.

Au-dessus de l'arche de la porte, une femme très Art Nouveau est entourée de volutes florale et  regarde vers un chérubin descendant de la végétation qui encadre une croix de Lorraine.


L'autre porte, surmontée d'ouvertures bilobées, est ornée sur le côté, par une sculpture d'un tailleur de pierre et celle, fort surprenante, d'une grenouille voulant attraper une libellule.


Tous les chapiteaux des colonnes supportant le balcon massif en pierre, sont sculptés par de curieux personnages et des animaux fantastiques.



Si vous allez à Metz, prenez vraiment votre temps pour découvrir tous les trésors de cette magnifique avenue, en sachant que je n'ai pas tout publié ... 

lundi 22 juillet 2019

7,9 et 15, Place Jean Jacobs, Bruxelles -Architectes: Georges Pereboom -1902-, Georges Hobé -1904- et Jules Brunfaut -1895-

Si ce n'était mes recherches sur Internet, afin de trouver de nouveaux exemples d'Art Nouveau, cette place me serait passée très certainement inaperçue. Située juste derrière le Palais de Justice, j'y suis arrivée en suivant le boulevard de Waterloo et venant de St Gilles.

J'ai donc découvert en premier le n°15 de Jules Brunfaut, qui n'est autre que l'architecte de l'hôtel Hannon. Nous sommes loin de son chef-d'oeuvre, plus tardif et qui fut, ne l'oublions pas, une commande de l'ingénieur Edouard Hannon, qui travaillait pour Ernest Solvay et a donc voulu une demeure dans le plus pur style Art Nouveau. A constater qu'il est également l'architecte du n°17, sur la même place J. Jacobs, qui n'a pas un seul élément Art Nouveau. 
Le n°15 est un immeuble de 3 étages avec deux travées. Celle de droite, plus grande, présente de beaux bow-windows avec un sommet en couronne au 2ème étage qui lui donne une petite allure médiévale, comme le sommet d'une tour crénelée.
La porte d'entrée est surmontée par un auvent pointu en bois, ce qui lui donne un petit air de cottage anglais. Elle n'est guère originale, si ce n'est, peut-être, la forme de l'entrée de la boîte-aux-lettres. 


La date de construction est sculptée dans un cartouche, au-dessus de la fenêtre du 2ème étage à gauche. Le nom de l'architecte est gravé, de manière très simple, sur le bord droit du mur.

Le n°9, par contre, est bien plus intéressant. Datant de 1904, il s'inscrit dans l'Art Nouveau géométrique. Oeuvre de Georges Hobé, ébéniste, qui est devenu architecte sur le tard. C'est l'auteur, notamment, de la Maison Quaker, sur le square Ambiorix. La façade, toute en briques et pierres banc-gris, mélange formes géométriques carrées et triangulaires où des fenêtres rectangulaires, change de composition selon les étages.



Le rez-de-chaussée, présente deux ouvertures quasiment identiques, en arc plein cintre, une avec une porte largement ajourée et garnie de fers forgés, l'autre correspondant à une fenêtre.


La poignée de porte qui ressemble à un G stylisé, ainsi que la boîte-aux-lettres sont des détails qui valent la peine de s'y attarder.

Au premier étage, la large baie vitrée se décompose en trois parties avec un bow-window triangulaire central couronné d'une terrasse avec un garde-corps en fer forgé, lui aussi, de style géométrique.Au dessus de chaque fenêtre se trouve un panneau décoratif en pierre orné de trois cercles.


Le n°7 est probablement la construction la plus énigmatique des trois. Elle correspond à un Art Nouveau plus classique, avec des sgraffites et une représentation féminine, ainsi que des détails symbolistes.
Un peu plus haute que les précédentes, elle comporte un quatrième étage, avec une fenêtre qui s'ouvre sur un balcon reposant sur le bow-window, au-dessus de laquelle se trouve une sorte de candélabre à 9 branches (une Hanoukkia ? ), en fer forgé. Deux autres chandeliers, probablement à 7 branches (une Menorah ?), mais en mauvais état, se retrouvent de chaque côté du bow-window. Les éléments correspondant à la religion juive peuvent s'expliquer par le fait que, peut-être, Georges Pereboom était juif, comme son nom de famille pourrait l'indiquer.




Le bow-window s'orne d'un sgraffite en son centre, avec des motifs géométriques et floraux et repose sur trois fenêtres ogivales.


La porte d'entrée en bois bleuté, reprend une forme ogivale dans un rectangle, ornée de motifs floraux et d'une boîte-aux-lettres en fer forgé, extrêmement originale.





 Elle est surmontée par un sgraffite représentant une femme et couverte par un auvent en bois, au-dessus duquel s'ouvre une rosace en fer forgé.



dimanche 21 juillet 2019

Maison Delune, Avenue Franklin Roosevelt 86, Bruxelles - architecte Léon Delune - 1904

A chaque visite de Bruxelles, je découvre de nouvelles bâtisses magnifiques. Celle-ci est excentrée par rapport au quartier d'Ixelles où se situe un grand nombre d'exemples d'architecture Art Nouveau de Bruxelles.


Léon Delune, n'est autre que le frère d'Ernest, l'architecte de la maison atelier du maître-verrier Sterner, située non loin des étangs d'Ixelles. Et, effectivement, les deux portes-fenêtres donnant sur sur le balcon en demi-lune à l'angle de l'édifice, ont un véritable air de famille, avec la porte d'entrée de l'atelier.


Maison atelier du maître-verrier Sterner - Ernest Delune
Mais, tout le reste de la maison est d'un style éclectique bien particulier. Trapue, avec une grosse tour d'angle où s'ouvre une belle fenêtre arrondie, typique de nombre de demeures Art nouveau Bruxelloise, elle m'a fait penser à certaines demeures de l'Art Nouveau de Toscane, notamment avec le sgraffite (oeuvre de Paul Cauchie) juste en dessous de la toiture, comme j'ai pu en observer à Lucca, par exemple la Villa del Magro. 



La tour est surmontée par un immense aigle en bronze doré, totalement incongru au point que j'ai cru que c'était un ajout récent, puisque le bâtiment appartient aujourd'hui à l'Ambassade des Emirats Arabes Unis. Cet aigle imposant, et probablement fort lourd, a été volé en 1996 et retrouvé chez un brocanteur en 1999. 


Construite en 1904 pour une vieille dame qui décède 3 ans plus tard, elle sera reprise par sa soeur, qui ne tardera pas à décéder aussi et c'est ainsi qu'elle est transformée en café où des groupes de jazz se produisent lors de l'Exposition Universelle de 1910. Une carte postale reproduite sur le site de l'inventaire Architectural de la ville de Bruxelles illustre cette période et m'a également fait penser aux cafés de la ville toscane de Viareggio.
La maison a vécu de nombreux remaniements et achats. Elle appartient aujourd'hui à l'Ambassade des EAU, qui l'a restaurée et y a effectué, une nouvelles fois, quelques aménagements. Elle s'intègre bien sur la grande avenue, où nombre d'Ambassades se sont installées. Non loin se trouve la Villa Empain, magnifique exemple d'Art Déco.

samedi 13 juillet 2019

B&B Art Nouveau à Bruxelles

A deux reprises, et notamment pendant le dernier Banad, j'ai logé dans un B&B proche du parc du Cinquantenaire, dans une belle maison appartenant à une historienne de l'art, passionnée, tout comme moi, d'Art Nouveau.


J'ai ainsi dormi, dans une chambre très accueillante, donnant sur une rue calme, entourée de livres sur le sujet, dont la plupart sont rangés dans un meuble création d'un des grands maîtres de l'Art Nouveau.




Dans le salon de la demeure, de nombreux objets, affiches et meubles Art Nouveau, sont un très bel écrin pour échanger sur notre passion avec la maîtresse des lieux.




Si lors d'un de vos prochains séjour à Bruxelles, vous souhaitez y loger, n'hésitez pas à la contacter de ma part à cette adresse : info@bnb-cinquantenaire.be