jeudi 12 septembre 2019

Les établissement de bains dit Les bains pompéiens, Promenade de la Mer, Deauville - 1923/24 - architecte Charles Adda - céramistes Gentil&Bourdet

Je suis rendue à Deauville, quelques jours seulement avant le début du Festival du Film Américain, dans l'idée de bénéficier du soleil de fin d'été (qui s'est avéré fort discret) et de visiter les bains ornés de céramiques Gentil et Bourdet, auxquelles je m'intéresse depuis plusieurs années.
J'avais pris la décision de me rendre à Deauville, en regardant le dernier film de Claude Lelouch "Les plus belles années d'une vie", en y apercevant les établissements des bains et en y reconnaissant les céramiques Gentil et Bourdet. 
Je suis arrivée à la Promenade de la Mer en venant de la gare et j'ai commencé par la section des bâtiments qui me semble être la plus moderne, située au sud-est de l'ensemble. Il y a également une décoration céramique, dont je parlerai à la fin de l'article, puisque cette partie correspondrait à des constructions d'après-guerre.

Les constructions qui m'intéressent sont celles de l'architecte Charles Adda, lauréat d'un concours organisé par la municipalité dans le but de remplacer l'établissement de bains construit antérieurement par Georges Wybo, architecte de plusieurs bâtiments à Deauville, dont le Casino.  


Il s'agit donc de trois bâtiments en béton et en forme de paquebot, qui abritent des cabines individuelles, ainsi que des salles de douche et des bassins. Le béton qui est laissé à l'état brut, dans les tons gris, s'orne et se complète très bien avec les céramiques dans différents tons de bleus. 
J'ai longé les bâtiments qui s'étalent sur pratiquement 100 m du côté ville, observant des différences entre les céramiques de ceux les plus proches du centre, qui correspondraient aux constructions après-guerre et ceux avec des céramiques Gentil & Bourdet. Les premiers sont des carreaux lisses, style carrelage de salle de bain, alors que les deuxièmes sont des carreaux de grès flammé.



Au centre du premier bâtiment orné des céramiques G&B, j'ai pu observer ce magnifique banc, dont je verrai pas la suite d'autres exemples. On observe également la bande de carreaux de grès flammé ui court le long de tous les bâtiments.


Au bout de cette construction, j'ai tourné pour aller vers la mer et j'ai découvert un restaurant faisant l'angle, dont l'intérieur est totalement orné de céramiques. J'ai demandé l'autorisation pour les photographier qui m'a été accordée sans problème mais avec un grand étonnement pour mon intérêt, car une rénovation était prévu pour l'an prochain pendant laquelle les céramiques devraient disparaître.
Effectivement, malgré leur beauté, il n'y a aucun intérêt pour les mettre en valeur. Par ailleurs, elles ne sont mentionnées nulle part, même pas sur la basse Mérimée. Cependant, il me semble bien que là aussi, il s'agit de G&B.








 Ce restaurant correspond probablement au "bar américain" mentionné sur les données de la base Mérimée. Mais nulle part un croquis ou une photo de l'intérieur. Peut-être s'agit-il d'un emplacement de boutique visible sur cette planche de la base Mérimée, mais du coup, le décor en céramiques bleues et or, semble un peu incongru pour un magasin.

Après le restaurant, côté mer, le long des planches, s'étendent des mètres de petites cabines individuelles et des zones avec des guichets.





Actuellement, il n'y a pas d'accès possible aux cours et patios à l'intérieur des bâtiments. J'ai pu y avoir accès grâce au personnel du restaurant qui, très aimablement, m'a laissé entrer et tout parcourir.
L'intérieur est composé de coursives avec des cabines comme sur un paquebot, séparées par des cours avec des bancs entièrement recouverts de céramiques et un décor de mosaïques au sol, dont le centre varie à chaque fois avec des représentations de paysages de bords de mer, mais aussi, étonnement, d'un moulin.











Au milieu de chacun des côtés, il y a des entrées, mais les plus décorées, avec des jardinières recouvertes de décors fleuris en céramiques, ce sont les latérales.



Le patio central, avec un bassin et une fontaine aujourd'hui sans eau, est absolument magnifique et le nom de céramistes y est clairement indiqué. Je me suis sentie privilégiée de pouvoir le parcourir librement et à la fois, je me suis dit que c'était dommage que cela ne soit pas accessible à tout le monde.






Le nom des céramistes et de l'architecte sont également indiqués à deux endroits de la bande de carreaux bleus qui parcourt les bâtiments.


Voici maintenant, quelques vues de la partie qui me semple être la plus récente, avec des céramiques dont j'ignore qui en sont les créateurs. 





Toute la façade côté mer a été rénovée. Il semblerait que dans les années à venir, tout l'ensemble le soit, car l'état des bâtiments fait peine à voir et certains endroits,facilement accessibles, comme le bâtiment plus récents, sont tout simplement squattés. 

samedi 31 août 2019

3, 5, 7, avenue Emile Zola, Poissy, Yvelines -architecte Théophile Bourgeois - 1901

J'habite à la limite des Yvelines, juste un pont nous sépare ou une forêt nous relie, selon les routes que j'emprunte. Cette semaine, c'est en prenant deux bus, un longeant la Seine (un parcours que je connais bien et dont je me réjouis à chaque fois), l'autre traversant la forêt de Saint-Germain-en-Laye, que je me suis rendue à Poissy. Ville connue architecturalement par sa collégiale datant du Moyen-Age ou la Villa Savoie de Le Corbusier, mais qui est aussi la ville de résidence de Théophile Bourgeois, architecte communal du Poissy, ainsi que de nombreuses villes des Yvelines et de Normandie, notamment dans des stations balnéaires. Il est aussi l'auteur de l'ouvrage 'La Villa Moderne", où il présente les façades, les plans et les devis pour 100 constructions différentes.  
En faisant des recherches, j'avais trouvé la référence de trois maisons, dont il était l'architecte, avec des portes "Art Nouveau", ornées de "coup de fouet" et cela m'avait suffisamment intriguée pour me décider de profiter d'une journée libre de fin d'été pour m'y rendre. 
Venant à pied depuis la collégiale, j'ai d'abord vu l'hôtel de M. Bourgeois, bâti en 1894 à l'angle de l'avenue Meissonier et l'avenue Emile Zola (ancienne avenue de Migneaux, du nom de l’île juste en face) , il abritait sa demeure et son atelier. De style éclectique, mélange d'anglo-normand et de néo-médiéval, avec l'utilisation de différent matériaux, cette imposante bâtisse n'est pas sans intérêt. Il l'avait imaginée comme une vitrine de tout son savoir faire. Très bien située près  de la gare toute proche, elle a une vue privilégiée sur la Seine. 


En tournant le coin de la rue, une porte avec des ferronneries Art Nouveau m'a indiqué que j'étais arrivée au bon endroit.Il s'agit d'un ensemble de trois maisons, dans le prolongement de son hôtel particulier, qu'il a construit, en 1901, pour ses enfants. A première vue, elles semblent quasiment identiques, mais en fait, même si l'ensemble est très homogène, chacune a ses particularités y compris dans le travail de fer forgé en "coup de fouet" des portes d'entrées. 


Il s'agit donc de trois maisons, avec chacune une porte d'entrée et une de garage au rez-de-chaussée, qui s'ouvrent sur un corps de bâtiments alignés, au-dessus duquel reposent trois terrasses différentes, dont seule la centrale est ouverte. Chaque porté d'entrée a un encadrement en pierre blanche et briques, en coup de fouet. De nous jours, chaque entrée a été repeinte de couleurs différentes et seule les portes du n°7 sont conservées en bois naturel. Il en va de même pour le fer forgé et les huisseries du plus pur style Art Nouveau.


N°3




N°5




N°7




Ces portes sont les seules mentionnées comme appartenant à l'Art Nouveau et certes, le reste des bâtiments correspond plus au style anglo-normand dont est coutumier l'architecte. Cependant, il faut lever les yeux lorsqu'on observe des façades et, même si en cette saison, la feuillure des arbres empêche de bien voir, l'étage des combles du n°7 a deux panneaux peints de chaque côté de la fenêtre qui rappellent les motifs des papiers peints de Guimard.




Il est fort probable que Guimard et Bourgeois se soient rencontrés. En tout cas le deuxième devait très certainement connaître l'oeuvre du premier. Il est une intéressante coïncidence que l'un est publié un ouvrage ayant pour titre "L'Habitation Moderne" et l'autre "La Villa Moderne" ...




Théophile Bourgeois, en tant qu'architecte de la ville, a beaucoup construit à Poissy, mais seuls ces 3 bâtiments ont des caractéristiques clairement Art Nouveau. D'autres, comme l'immeuble au 6 rue de la Gare, en ont quelques motifs sculptés.
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En arrivant dans la ville, j'ai été attirée par cet immeuble en meulière, avec deux bow-windows, situé non loin de la gare, aux 8 et 10 avenue Maurice Bertheaux, avec des ferronneries clairement d'un style proche de l'Art Nouveau géométrique. J'ai cherché désespérément des informations à ce sujet sur Internet, sans rien trouver. Je m'interroge sur l'architecte: serait-ce Théophile Bourgeois ou un de ses fils ? Ou bien ...